- Nous sommes perdus ?

à travers les Arts de l’Islam, Louvre (suite)

« Nous sommes fatigués dans les espaces réaménagés du Louvre.

La grande dune, la grande toile, le grand tapis, bref, le grillage serré des vieux ascenseurs de Paris sur notre tête. On nous présente cette cage comme elle ne peut être appréhendée. On l’aime sur maquette à condition d’avoir abandonné nos sens : seule la vue est flattée, mais depuis le point inaccessible de l’oiseau ! J’avais réellement aimé la toiture… par les fenêtres de la salle des Etats ! Dans la vraie visite, j’ai découvert une claustrophobie inédite dans les nouvelles salles des arts de l’Islam.

Le noir partout. L’Occident porte-t-il le deuil de son nouveau département ? Pourquoi avoir utilisé une cour qui avait un tout autre volume, pour m’étouffer à terre, et m’enterrer dans la suite du parcours dans d’immenses salles noires ? De la cour, je ne connaissais rien, je ne vois désormais quasi-rien. Et je ne verrai sans doute plus rien. Avec quel profit on aurait pu y installer des éléments de décors de plein air ! Pourquoi mettre en sous-sol les superbes mosaïques de sol ?

Pour les « trésors », rien à dire : ils sont tous là ! Mais l’accumulation, multipliée par la transparence des innombrables vitrines, augmentée au carré par la densité des visiteurs m’a clairement donné la sensation du souk de Marrakech. Des sacs d'épices les uns sur les autres, de toutes les couleurs, dans une profusion gargantuesque, le tout faussement disposé en vrac sur un fond noir qui fait tout ressortir. La scénographie est digne de celle des "créateurs de vitrines" et autre spécialistes marketing. Ce que l'on nous propose, très explicitement, c'est une consommation d'objets intouchables : si près, si inaccessibles : le luxe quoi !

Me faut-il désigner un tapis pour échanger quelques mots, mon doigt à deux mètres de la sainte relique provoque un tintamarre de tous les diables, une sirène qui rythme la visite du département.

Alors je cesse de partager, j’écoute, je lis, je regarde les explications. Alors là ! on ne pourra pas dire : des cartes (au défilé lumineux que je ne comprends pas), des objets pour aveugles (ça tombe bien : on a volé mon regard), le rappel d’une civilisation à travers ses textes récités çà-et-là, des grands panneaux sur les invasions à tire-larigot et même les « clés » de la compréhension dans de confortables divans.  Mais je dois être trop stupide pour ces belles prothèses car mis à part : origine en haut, an 1000-1800 en bas, je n’ai rien compris.

Les trésors se succèdent, je suis étourdi. Point.

A proximité de la salle du manège, il y a quelque chose de la Foire du trône ici. On aimerait butiner à son rythme et selon ses désirs, mais le regard amenuisé  par cent paires d’autres yeux scrutateurs et un incroyable dispositif d’apprentissage est sous contrôle. Un manque d’intimité avec les objets, avec soi, criant. Où se retrouver ? 

Dès que je pense à cette métaphore muséale d’un souk lounge, je souhaite immédiatement oublier la (mauvaise) surprise nauséographique. Les œuvres sont là ; rien n’est perdu !

Grégory C. 

- Interpellation d’une lectrice

à travers les Arts de l’Islam, Louvre (suite)

Après la mise en ligne des précédents billets sur les arts de l’Islam, voici trois réactions de lecteurs. Il nous paraît juste d’en publier de larges extraits :

– « Merci de vos billets en triptyque (…) c’est  par le bouche à oreille d’amis amateurs d’art que j’arrive sur votre blog.  Vos critiques me permettent de mieux comprendre une part des troubles ressentis cour Visconti (en lieu et place de mes souvenirs encore bien vivants d’ancienne élève à l’Ecole du Louvre, ayant fréquenté la salle Courajod).

Plus modeste et contrainte, l’ancienne disposition muséographique des Arts islamiques à l’entrée RICHELIEU (ouverte en 1993 ?) avait des accents didactiques plus percutants pour l’esprit. Mais, comme toute chose nouvelle, ce huitième département a de quoi fasciner.(…)

J’apprécie vos critiques, et surtout, les incises éloquentes créées par les illustrations de votre blog ;  et je capte vos pointes d’humour caustique, dont : « les mauvaises langues n’ont pu dénoncer une Absurdité digne de la tente de Kadhafi plantée dans les parquets cirés à l’Hôtel Crillon… », ou « voici une pratique dangereuse comme celle d’un champignonneux ramassant de tout… au prétexte d’être ‘bien’ dans son assiette », etc.

Moi-même amateur d’œuvres d’Art et collectionneuse à mes heures, j’ai trouvé plutôt spectaculaire et cocasse l’œuvre de Christo appliquée en 1985 au Pont neuf de Paris. En fait un artiste ayant su autofinancer ses risques  – des risques audacieux, bien dans la ligne des avants gardes subversives du XXe siècle…  Une époque de chevaliers « de force blanche », dites vous !

Or, pour compléter le concept de l’implantation dans la cour Visconti, il faudrait le voir dans une contextualisation plus ample. Ne faut-il pas remonter en effet aux précédents… aux similitudes contemporaines, non plus artistiques et pionnières, mais ‘officielles’ ?  Par exemple, après le travail du ministère de Jack Lang, l’implantation dans une cour du Palais-Royal des Deux Plateaux (‘Les colonnes’ de Buren), éléments qui pouvaient déjà se défendre comme geste de modernité nécessaire et réaliste… Un ensemble de souhaits volontaristes et concrets tendaient à métamorphoser notre goût classique…  Un gouvernement polémique (fort de ses ’initiés’) pour qu’advienne au cœur même du Ministère de la Culture, une modernité de plus en plus totale.  Et voici l’art contemporain dans les lieux patrimoniaux de première importance !  Dès 1986 une installation emblématique semble devenue nécessaire à l’évolution du monde !? 

Mais en 2012, que penser de ce pragmatisme ?  Le parti-pris politique d’alors est-il toujours le maître avant coureur de toutes les nécessités ?  – « Les premiers sont les derniers/Les derniers sont les premiers…», vous souvenez-vous de cette cantilène des cours de récréation ?

Les crises diverses, périls actuels et enjeux présents du monde, poussent, assurément, à refonder sur d’autres paradigmes l’esthétique. Je vous rejoindrais donc pour souligner que l’installation de ce Voile dans un lieu public (la ‘grille d’aluminium dorée’ des architectes Bellini et Riccardo au Louvre) ne sonne vraisemblablement pas comme… inoxydable !

Par ailleurs, nous ne sommes plus dans la logique mythique des écuries de Marcel Duchamp puisqu’a été créé un académique prix Duchamp, depuis 2005 à la FIAC !  Or, même au Château de Versailles, les termes du contrat articulant façon Daniel Buren ou Rudy Riccardo :  « respect contextuel et transgression » sont actuellement dénoncés en ces termes par la nouvelle présidente du Domaine, Catherine Pégard (cf. Le Figaro du 27 janvier 2012) :  « Il me semble que nous sommes arrivés aujourd'hui à la fin d'un cycle. Nous le sentons désormais peu à peu, la présence de l'art contemporain, j'oserai dire, se banalise, comme dans tous les musées du monde ». Les dernières installations produites à des fins de polémiques esthétiques sont comme éculées ; et dès leur provocation elles vieillissent sur pied… ne faisant même plus recette du fastueux décor! »

– Le ‘procédé Marcel Duchamp’ rejoignant une des lois de la thermodynamique contemporaine : ‘faire le plus possible d’effet avec le moins d’énergie objective dépensée’ est invalidé dans le champ humain par le principe de réalité de la sensibilité, de la conscience et de l’entropie. Les objets des opérations de la communication officielle devaient choquer, porter des forces, et délivrer du faire valoir… et ils nous paraissent à présent comme assez creux et ‘gentillets’.
– Dans la mesure où n’importe quel sujet, touriste de passage, ou même, ici, couple de corneilles, se font photographier hors de tout mystère, comme si de rien n’était – Bleu Champagne, 2012 – (pièce d’arrière plan monumentale assez sommaire et festive !) est : dissoute, escamotée, éclipsée comme fantôme…  Il est alors remarquable qu’une bonne part de l’aura nécessaire aux objets de Joana Vasconcelos déroge et se range… Car si l’on considère pleinement la force toujours poétique des sculptures de bronze (chères à Louis XIV) au parterre d’eau nord, telle cette – Nymphe – de Pierre Ier Legros qui incarne une autre optique de la profondeur par son profil perdu… l’aspect de néo-puritanisme (ou de contre-réforme actuelle) des objets contemporains ‘même vedette d’un jour dans nos médias’ ne porte,  finalement, qu’à usure... E.T.

« C’est en terme d’authenticité que les musées détiennent une autorité. En ces lieux s’objective la subjectivité. Ils sont un lieu sensible d’ordonnance muséographique par catégories, par genres, par écoles, selon la chronologie, etc., scientifiquement (m’a-t-on appris) ; car bien distingué par le savoir critique actuel !

Force serait de reconnaître que les nécessités présentes et à venir sont autres que l’événementiel ;  et que la vaste confusion des catégories et des genres furent établies tout bonnement sous l’obédience d’anciens ministres de la Culture et de la Communication. (…) Or au XXIe  siècle, il me semble qu’il faut douter des bien-fondés Absolus, de promotions dites transgressives, mais coutumières et spécifiques du XXe siècle.

Je pense que vous n’avez pas osé dire assez ouvertement que ce huitième département du Louvre est la démonstration de l’amortissement de la sensibilité. (…) Mais reconnaissons qu’il y a eu autour des Arts de l’Islam au Louvre un grand nombre de compétences, de techniques ou d’efforts.

Par contre, l’harmonisation des architectes de Napoléon III, Lefuel et Conti, conjuguée aux sculpteurs et architectes de l’époque d’Henri IV a été, hélas, plus que métamorphosée : Ravalée !!!  Vous avez le rare mérite de souligner ce non-sens au Palais du Louvre !

En ce domaine, il n’y a plus de polémique véritable aujourd’hui dans les médias ; vous remarquez que ce piétinement, selon une muséographie paysagère – sans parcours bien évident – nous fait « paître tout autour d’une vitrine à l’autre ». Bravo de l’avoir souligné !

J’ai pu observé également que l’on y rencontre un nouveau public venant au Louvre « en quête de ses racines identitaires »

Je constate aussi que vos remarques sur certaines inversions entre objets d’art et cartels ont dû permettre de trouver encore quelques fonds pour refondre d’autres étiquettes ou déplacer les numéros ! (…) Et que la nuance choquante, d’une des listes de ‘Donateur principal’ exhibées sous projecteurs dans la salle d’exposition a été retirée au plus vite !

– Grâce à vos critiques concrètes, ici, je me sens déjà brebis moins moutonnière !

Demeure le constat sur l’escalier, noir comme une Kaaba, mais qui ne signe pas la pente à compliments : ‘une côte mal taillée’ juste parfaite pour s’y prendre la tête ! » 

Complément de l’escalier de béton noir de l’architecte, à présent, des flèches directionnelles pour bien nous conduire… et un carré de piquets : ‘par mesure de sécurité !’ E.T.

« Vous allez rire de ma petite part mal accomplie de ‘ménagère d’un autre temps’, mais, en toute sympathie, j’ai été fatiguée par ces sols à paillettes d’or et ces superbes vitrines à entretenir. – Quel travail au quotidien !  Le Louvre a bien des mérites… ! – Quel est le budget de maintenance de ces 2 800 m2 ?  Et voilà que comme vous, je crains ici un laisser aller… après la très vaste part du décevant.

Vos billets nous font l’honneur d’une fraicheur attentive ;  d’une prise de parole ancrée aux sources même du bien regardé ;  et au fond de notre pacte républicain de liberté d’opinion ! »

Simone G.

P.S. : Les médias sont dithyrambiques !  A ma connaissance, en français, l’un des seuls « papiers critiques » traitant  de la problématique générale des adaptations actuelles de notre Patrimoine architectural, est l’article de T. Hertzog - Les Arts de l’Islam au Louvre : adieu à la cour Visconti.  Mais il demeure dans la sempiternelle rhétorique d’une chose et de son contraire. Toutefois, il est à parcourir si ce n’est déjà fait (cf. in. La règle du jeu, en date du 21 oct. 2012).

Pour les Arts de l’ISLAM au Louvre

chap. 3/3 :   -La muséographie

Le Président Jacques Chirac évoquait « la part lumineuse d’une grande civilisation ».  Plus de vingt ans après le Grand Louvre, admettons que la muséographie vienne d’effectuer :  Le grand bond en avant…  Au cœur de ce palais, c’est donc écrit, on se doit à d’autres rapports avec l’Islam et son art. Ici même, j’étais prêt à proclamer ma foi du beau, du lumineux :  – l’entrée sur mosaïques introduit merveilleusement à un moment d’harmonie (tel un climat sous tente) !  Moment comme en suspens où même les trois chapiteaux d’albâtre gypseux… blanchis (hélas !), sculptés en Syrie au VIIe  et IXe siècle, tiennent dans l’espace et comptent pour planter le décorum du nouveau lieu de Visconti.

– Panneau au Barada, mosaïque faite d’après le relevé de la grande mosquée de Damas par N.Kapair à l’aquarelle en 1929 –

Mais, dès après… (est-ce le travail de Renaud Piérard, de François Pin ou de Sophie Makariou, Directrice du département ?), c’est un fait : on a changé d’ère, et comme nous allons le voir…

Dès ici, il se trouve qu’il y a ceux qui se perdent dans la présentation nouvelle de ces  3 000 pièces (sur les  18 000 numéros du département), dont on ne retiendra en définitive que quelques chefs d’œuvres ‘bien élus’ de longue date…

Que relever alors, sans chercher querelle ?

1- Nous ne sommes plus devant des vitrines simplement conçues pour la contemplation :  des coques relativement fermées où les objets jouent en beauté et en retenue afin d’émettre quelques désirs…  

2- Or du fait de cette actuelle architecture du nomadisme, et de sa répartition large et relativement régulière (sans parcours muséographique bien évident) nous nous retrouvons à paître d’une vitrine de verre à l’autre !  A brouter tout autour : d’aiguières, de pyxides, de bassins obscurs ou fameux, de décors en céramique, et ce, dans un espace muséal paysager…   (mais où l’on ne peut être avec soi et sans vis-à-vis) ;

– Faucon brûle parfum de cuivre moulé à réseau de palmettes et décor ajouré, gravé, incrusté de verre, Khorasan,  fin du XIIe siècle 

3-  La plupart des lectures, entre les cartels d’information et les objets présentés en vitrine sont à rebours… Vous désirez identifier une œuvre à gauche, après quelque lutte courtoise et joute de passage, il vous faudra aller vous informer de l’autre côté à droite. ( !?) Il vaut mieux photographier au coup de cœur, puis regarder avec le catalogue en ligne !  A mon sens, voici présentement une pratique dangereuse comme celle d’un promeneur, champignonneux amateur, ramassant dans une forêt quelque mélange de tout… au prétexte d’être ‘bien’ dans son assiette ;

4-  Certes,  3 000 pièces exhibées provenant des anciennes provinces orientales de l’Empire romain, correspondant à présent à la Turquie, l’Iran, la Syrie, le Liban, la Palestine, Israël, la Jordanie, l’ensemble des territoires d’Arabie jusqu’aux Indes, et de l’Egypte, de l’Afrique du nord à l’Espagne, le tout soudés par le Coran… Une collection de faïences, d’orfèvreries, incisions diverses, marqueteries savantes, tapis, au fond tout un panorama d’écritures calligraphiques. Le musée des Arts décoratifs a été convié à livrer 3 400 œuvres, mais, heureusement, la BNF a préservé les Corans précieux et miniatures persanes qu’elle détient encore…

On me permettra de livrer, sans autre discours que leur légende, ceci :

– Quelques visions de reflet en miroir :    En haut, une des lampes de la Cour Visconti ‘interférences incongrues et anachroniques’(sic). Au centre, lampe à la titulature d’un sultan; verre soufflé, émaillé et doré ;  Egypte ou Syrie mis XIVe    En bas,  petit bassin, alliage cuivreux gravé incrusté d’argent ;  Iran  mi XIVe siècle.   Et grand bassin, laiton gravé incrusté d’argent ; Syrie ou Egypte, début du XIIIe, et sur l’axe central, reflet ‘ incongru’ de visiteur…

Cliché central, et d’autre part, ‘Promiscuité indésirable’(sic) de deux femmes actuelles, soumises à la liberté du bonheur d’être vivantes, en Paix côte à côte, et regardant ensemble des œuvres d’Art islamique.

Cliché du bas, c’est le grand frisson, perfection esthétique et technique !  Poignards à lames en acier trempé, ciselé avec poignée en jade sculpté , incrusté de pierres précieuses selon la technique du kundan ;  Inde XVe et  XVIIIe siècles.

Ci-dessus : Jali aux triangles, écran de grès rouge ajouré, décor architectural moghol ;  Inde du Nord, début XVIIe siècle.    En arrière plan, mosaïques de Daphné (près d’Antioche)  IIIe siècle.   Une géométrie bien dans l’espace au-dessous d’éléments du toit :  ensemble relativement à plat de  2 350 triangles pour le monde de demain ? (déjà en 3D, lui).

 

A présent, il se pourrait que le nouveau département des Arts de l’Islam livré en 2012, demeure un emblème relativement superfétatoire du vingtième siècle au musée du Louvre :

– Par là même, il convient de remarquer ou de d’observer le travail des éclairagistes.  C’est de façon spectaculaire qu’ils nous livrent l’Art des objets :  leur artisanat parfait, leur couleur, leurs reliefs et incisions (comme on le ferait pour un rendu particulièrement somptueux… à des fins de photos !) ;

– Toutefois, le climat d’une muséographie pour l’effet devient vite comme englué horizontalement dès le  rez-de-sol  sous l’ample et vaste vélum, ou prisonnier au parterre  par une mise au noir :  – deux ciels de paysages ressenti comme assez bas !  On va jouer en plateaux d’accueil successifs qui soumettent le regardeur, non à son devoir souverain… à son sens critique d’individuation… à sa potentialité d’amateur d’art… mais le conditionne à s’approprier l’Art en collectivité, au gré de vitrines laissées aux hasards de pulsions devenues comme dévotes et tributaires de cartels, ou de stations à paroles (pour audio-guides-et-visuels !) ;

– Or dans ce Louvre du Tourisme de masse, c’est aussi :  une impressionnante géographie de l’Islam prenant forme dans un écrin architectural immense, vaste comme une mondialisation,  introduisant au consumérisme   – au antipode des riches fantasmes et aventures de l’Orientalisme d’autrefois ? –   à la consommation touristique, la plupart du temps empressée, suffisante et barbare, comme l’on sait. Nous voici donc dans un moment de survol… (triste avatar de bien d’autres possibilités et finesses voluptueuses des Beaux-Arts !) ;

– L’on dit souvent que les conceptions d’un lieu architectural se lisent  ‘à livre ouvert’ dès ses Escaliers… Chez Lafarge on exulte !  En béton, l’escalier noir du Louvre est  « d’une réalisation de tout premier plan d’un point de vue technique et artistique »(sic).  Ah parole-parole ! Voilà certes un élément bien poli comme marbre, et même, d’une portée extraordinaire !  Mais en fait, qui nous livre à toute sa lourdeur mortifère ;  une curieuse emprise… comme inductrice d’une nuit artificielle assez particulière. Car au sous-sol (dénommé parterre, après l’aperçu d’en haut !) ce ne sont guère Les Milles et une nuit… C’est un climat fort pesant qui peut être assez mal ressenti par certains :  tels quelques principes noirs d’enfermement, d’aliénation… ?!  Mais par bonheur, la fascination d’immenses mosaïques romaines compense !  Celles-ci, radieuses et d’un tout autre bonheur, développent un espace de mise en valeur essentielle :  – du fait de leur vaste processus interne où chaque tesselle devient figure et plaisir vivant de l’Ornementation…

« L'honneur des civilisations islamiques est d'être plus anciennes, plus vivantes, et plus tolérantes que certains de ceux qui prétendent abusivement aujourd'hui parler en leur nom. Il est l'exact contraire de l'obscurantisme qui anéantit les principes et détruit les valeurs de l'islam, en portant la violence et la haine »  a dit François Hollande, Président de la République.

« Et quel plus beau message, oui, quel plus beau message que celui livré ici (…). Car dans cette profusion d'œuvres, devant tant de patience, mise au service de l'harmonie, on comprend que les meilleures armes pour lutter contre le fanatisme, qui se réclame de l'islam, se trouvent dans l'islam lui-même. »

Que l’on me permette donc d’emprunter encore, une autre citation de conscience à Alexandre Papadopoulo, dans  L’Islam et l’Art musulman, édition Mazenod, Paris 1976, afin de conclure sur une leçon à méditer cour Visconti :

« L’art musulman est aussi celui qui fait le plus grand usage des formes géométriques :  tout l’art de la ‘décoration’ abstraite, qui s’applique de la même manière et avec les mêmes thèmes dans tous les domaines et sur tous les supports est sous-tendu, en réalité, par les conceptions platoniciennes, où les Nombres et les Formes mathématiques constituent la réalité la plus essentielle et la plus belle. On voit donc que, pour l’esprit musulman (nourri aussi des anciens philosophes), le décor géométrique possède une valeur métaphysique… »

Etienne TROUVERS

Pour les Arts de l’ISLAM au Louvre

chap. 2/3 :   -Les architectures

Dépassant les contrariétés déjà décrites, après les épisodes de mauvaise humeur, j’y suis retourné le surlendemain… Il me fallait assumer, rendre compte de l’état esthétique ayant cour actuellement au Louvre. Venons-en à ces  2 800 m2 de la superficie d’exposition.

Selon certaines visions des maquettes de 2004,  ou images virtuelles des bureaux d’architectes, on pouvait s’attendre à du fantastique esthétique ; à du « tout à fait remarquable et réussi » de la plus fine espèce (ainsi qu’il en a été pour la pyramide de verre, vecteur de la cour Napoléon de Peï ;  la Fondation Calouste Gulbenkian à Lisbonne, architectes : R. Atouguia, P. Cid, A. Pessoa et Leslie Martin en 1983 ;  ou le musée Guggenheim de Gehry à Bilbao).

Les auteurs :
– Mario Bellini (né en 1935 à Milan) est un designer qui fait mon admiration !
(Par exemple, ayant conduit la décoration de la résidence d’un de mes collectionneurs suite à son acquisition de mon tableau prototype  – Délivrance de la forge –  une rencontre idéale s’est produite avec l’une des conceptions de M. Bellini, sa table dite La Rotonda !).

– Rudy Ricciotti (né en 1952 en Algérie) était l’architecte français vraiment idéal pour remporter le concours ; alliant, comme il se présente  « respect contextuel et transgression » ;  lui qui ne manque pas d’ironiser, d’ailleurs, sur  « l’anxiété » non partagée des « bureaucrates du Louvre », pour des travaux d'une durée de huit ans  « à se suicider, si… » englués par les eaux de la Seine ou quelque odeur d’incendie au chantier ?

Il fallait s’attendre à quelques gestes forts dignes des 100 millions d’euros. C’était ‘un devoir de réussite’ puisque d’autres projets (peut-être plus économes ?) d’une couverture générale sur toute la cour Visconti, selon le modèle des cours Marly et Puget, avaient été déboutés… donc « des prouesses architecturales » se devaient d’être au rendez-vous !

La communication des architectes Bellini et Ricciotti ne manque pas de savoir faire. Alors que des mauvaises langues n’ont pu dénoncer une :  « Absurdité digne de la tente de Kadhafi plantée dans les parquets cirés à l’Hôtel Crillon… »,  les mots magiques de : « tapis d’orient » ;  « voile » ;  « tente du désert » ;  « aile de libellule » ; « dune des sables » ; « nuage d'or... » ont été suggérés pour convaincre les financiers et enchanter même jusque dans les très lointains déserts…

Or, devant la réalisation, vue in situ, j’ai tout de même de fortes restrictions. Une authentique déception, des doutes, et même, oserai-je le dire, quelques pressentiments !

Les voici :

– Initialement, sur maquette, le bâti paraissait superbement translucide…  avec certaines irisations de verres antiques (aspects qui font les délices des éclairagistes des vitrines des musées !). Et comment ne pas avoir aussi l’idée que « dans une transparence voulue », sous certains angles de vue par les fenêtres du Louvre, l’ondulation de verre de cette enveloppe architecturale dite en « voile ou aile d’insecte » aurait pu refléter et mettre en valeur le trésor complexe des architectes et sculpteurs d’Henri IV, Louis XIII et Napoléon III ?  Et Mario Bellini, dans un entretien au Nouvel Obs. (13-09-2012) soulignait :  « Dès la phase de concours, nous avons beaucoup insisté sur la qualité des matériaux et des effets de transparence et de lumière que le projet produirait une fois réalisé ».

Or, il s’avère que la transparence ‘moderniste’ a été quasiment occultée par un ensemble de  2 350 triangles de métal recouvrant les verres en aile de libellule par un grillage d’aluminium doré (peut-être afin de filtrer quelque peu la luminosité naturelle de l’espace pour le travail du scénographe !?).

– De plus les principes de la modélisation numérique laissaient encore espérer au génie.  Et le monumental  « ‘foulard’ de 45 mètres sur 30 dans une cour de 55 mètres sur 40, qui ondule, comme soulevé par le vent jusqu’à pratiquement toucher en un point le sol et sans complètement encombrer la cour ni parasiter ses façades » suggérait ainsi quelque effet de moirage monumental grâce aux matériaux contemporains.

Mais, d’effets magiques sur le ‘foulard’ vus en virtuel…  Aucun dans la réalité ! Pourtant, avec quelques regards conjugués entre :  cour Visconti et nature foncièrement décorative des Arts de l’Islam, il y avait assurément quelque chose à tenter sans qu’il n’y ait danger « de pastiche » !  Ici l’idée des Arts décoratifs trépassés ou dépassés dans l’architecture moderniste nous a été fatale ?!

– La monotonie des 2 350 triangles d’aluminium doré (assez morne en définitive !) est laissée à notre présent…

Les quelques visuels qui circulent dans les médias sont presque l’image d’un fantôme trompeur. Soit on exhibe le dessin de ce fameux ‘tapis volant’ selon un angle de vue inaccessible au public (car le public n’est plus admis cour Visconti), soit on nous montre des photos de fleuve doré (vues d’oiseau ou de couvreur).

Fasciné par la beauté sidérale d’une soucoupe volante, médusé par l’onde digne de calculs dépassant la mesure de la règle et du compas, je suis allé y voir de plus près. Et j’ai eu, hélas, le même type de déception que devant l’habillage du Pont Neuf  par Christo. Les projets dessinés et peints étaient superbes et de force blanche… mais la réalisation d’audacieuse était devenue relativement médiocre et passe-partout  – d’un similaire ton de voile dorée (pour complaire et ne pas gâcher le festif !).  Néanmoins, par devoir et scrupule… je suis retourné encore pour photographier l’objet de mes doutes sensibles par les fenêtres de la salle Mollien,  et ce, au plus beau moment d’un ciel de carte postale :

« Deux façades d’une ornementation à la française du XVIIe siècle, si belles et raffinées » me disait Georges Jeanclos-Mossé,  « les calcaires de cette Cour Visconti (comme s’en souviennent encore les anciens élèves de l’Ecole du Louvre) avaient été conservées ainsi comme ensemble de pierres de diverses provenances et périodes, maintenues dans leur gangue de patine protectrice, un sanctuaire, témoin unique de l’intégrité du patrimoine artistique d’avant les ravalements à répétition  – qui entament mortellement la calcite des pierres à Paris et les rendent toujours plus poreuses… ». Mais, pour la spectacularisation contemporaine de l’opération, la direction du Louvre en a disposé… (levant ici aussi un tabou de conservation pour les générations futures !).

– Profitons donc de l’aspect présent bien remarquable sur mon cliché jusqu’aux sculptures dans les niches !   Ce tout merveilleux radieux dans la lumière du soir !  Noble décoratif (figures et ‘vierges noires’ avant leur ‘nettoyage’ !), mais à présent plus que nues dans la pollution des rues de la Ville… (?)  – Alors que le projet ‘non retenu’ :  une couverture de verre à première vue complexe sur l’ensemble de la cour Visconti au niveau haut des toits n’aurait pas eu de conséquence  à retardement !!

A l’inauguration des nouveaux espaces, en sept. 2012, on peut aussi ne pas regarder ou voir l’élément moderniste  « d’aluminium doré, clair et brillant, aux reflets irisés qui vont du vert au violet en fonction de l’incidence du soleil » (dixit de serviles propos laudateurs !). Mais par contre, admirer une partie d’un ensemble architectonique classé, car de première beauté… Travail savant d’authentiques sculptures en très belle pierre d’époque, et des plus intéressant dans ce palais du Louvre… dont parle subtilement Robert Merle, dans  Fortune de France  éd. De Fallois 1994. Un moment historique charnière d’une pensée cruelle et raffinée, où  fraises, dentelles et muguets de cour nous laissaient tout de même de sacrés morceaux architectoniques  – hélas aux oubliettes de notre raison au pouvoir… demi occultation définitive, à présent ?

Le parti pris moderniste (sans décor ornemental aucun) de ‘nos’ architectes étant nettement implanté dans le Louvre, observons aussi ce qu’il nous suggère :

La finesse du designer puriste italien n’est pas à mettre en cause. M. Bellini a fait encore merveille pour notre confort avec des banquettes où l’on peut vraiment s’asseoir et se reposer.   Mais quiconque observe les abords  dans tous les coins révélateurs de cette architecture s’étonnera – peut-être en esthète ? –  que son pourtour ne soit pas un spectacle apaisant…

Admettons que Rudy Ricciotti, chef d’orchestre dans cette réalisation pour le Louvre Paris, ne soit pas responsable de tous les détails solistes du bâtiment… Mais, compte tenu des lourdeurs architecturales noires : ‘couloirs d’accès’ à l’espace d’exposition, comment ne pas voir déjà trois corrélations fâcheuses :

1- Ici le moindre fil électrique pendouillant (comme à droite, le flexible bleu…) fait désordre comme un poil au nez !

2- On ne peut que s’inquiéter de l’état de salissure potentiel sous ces gilles dorées inoxydables (sur charnière ?). Mais quel budget de nettoyage pour toute cette résille ouverte sur verre a-t-on prévu ?  Car non seulement la crasse parisienne, les feuilles des arbres de la Seine, mais aussi, les diverses fientes et plumes d’oiseaux :  pigeons, moineaux, mouettes, goéland et corneilles (qui se sont déjà installées aux alentours ou nichent au Louvre ?),  donc un ensemble d’éléments complexes qui maculera ou marquera inévitablement ce trop beau toit d’une telle tente de verre (mais tout de même assez bas au-dessus des vitrines d’expositions pour n’être aperçu qu'abstraitement ) ?

3- Les éléments pénétrants (‘blocs noirs’ des entrées sur la cour Visconti), tout comme de l’escalier en béton (aperçu à droite,  cf. second visuel) proclament une conception pour le moins violente de l’architecture de Ricciotti :  « transgression »(sic)  vécue ici dans une confrontation ;  guerre de béton ou lutte de ferraille… (fort bien pour l’effet des jeux sur maquette),  mais vivable dès à présent comme une sorte d’intégrisme architectural contre l’existant, contre l’ancien !  – problème culturel de convenance dite traditionnelle ou de mentalité militante ?

« Les civilisations ne sont pas des blocs qui s'ignoreraient ou qui se heurteraient. Les civilisations progressent par leurs rencontres, par leurs dialogues » (extrait du discours officiel de l’actuel Président de la République française, le 18 septembre). Mais, Bellini/Ricciotti parlent de « promiscuité indésirable avec le caractère XVIIIe du palais des rois de France ».  Et, pas très ‘casque bleu’ dans leur mission d’architecture pour l’harmonisation des arts, de leur crainte d’impureté :  « créer (pour les ARTS de l’ISLAM) des interférences incongrues et anachroniques avec le style du XVIe  siècle de la cour Visconti » (sic) (propos recueillis par B. Géniès). En l’occurrence… est-on encore à un ou deux siècles près ?

On aura beau présenter le tout d’un tel bâti implanté profondément à plus de 12m (et si proche de la Seine, d’une crue centennale !?) comme « un geste délicat et poétique », pour autant, je ne m’en laisse plus conter de visu… Car comment ne pas penser, qu’avec un plus d’amour, d’attention, d’équanimité et de volonté d’harmonie en ce siècle à bâtir,  que l’on aurait pu ‘mieux faire’.

à suivre  chap. 3 -troisième aspect : La muséographie

Pour les Arts de l’ISLAM au Louvre

chap. 1/3 :   -Premiers aspects

Comment ne pas se soumettre aux éléments caricaturaux dans l’ère du temps ? Les mots : ‘Islam’ ; ‘Mahomet’ ; ‘Musulmans’ ; ‘Mahométans’ ; ‘Manifestations’ ; ‘Vagues d’indignation’ ; ‘Salafistes’ ; ‘Intégrismes et Violences’ s’inscrivent… Dès lors, pourquoi ne pas aller voir de près l’ISLAM ? Se rendre compte de ce que la pensée, l’usage du pouvoir ou de la foi ont pu produire, non de stupide, d’opportuniste, de polémique (de satirique ou de sommaire en 2012), mais bien de ‘rayonnant’, d’apaisant, de culturel en un grand dessein… Allons donc au musée ! Dans un lieu qui a pour lui la distance des siècles pour nous donner à Voir, mais aussi le devoir de s’inscrire dans l’actualité – question, paraît-il, de rayonnement du Grand Louvre !?

En réalité, après l’ouverture de la fameuse pyramide, au sein du département des Antiquités orientales ce fut aussi un « il était une fois », un autre conte, ou une répétition générale : moment d’établissement médiatique pour une belle histoire des Arts islamiques...

Or cette section avait été conçue par un conservateur de renom, Marthe Bernus-Taylor. Et les visiteurs y pénétraient par l’entrée RICHELIEU ; donc du côté des Objets d’art, et non loin de l’Orient mésopotamien...

Ainsi le public pouvait bien percevoir, cadencé au rythme naturel de vitrines conçues pour quelque intimité, ou en des espaces par moments plus ouverts pour les tapis et mosaïques orientaux, un climat décoratif fascinant malgré les contraintes toujours apparentes d’un lieu fermé... On pouvait donc se délecter et décoder l’Art islamique en ce parcours d’objets essentiellement raffinés et géométriques – ici sélectionnés pour leur excellence – goûter aux fines métamorphoses de cette Art du signe et de l’écriture. Ainsi s’écrivait la belle histoire de l’Art des antiquités d’orient présentée pas à pas dans sa diversité et selon des arrêts successifs laissés à la libre attention de l’intelligence ! Il était d’usage que ce soit à partir d’un éveil sensible, que le reste, c’est-à-dire globalement « l’érudition », pouvait se découvrir en complément sur le terrain et dans les livres.

Seulement voilà, répondant à une identité fortement militante, nos autorités, politiques, diplomatiques et culturelles, en ont décidé autrement. Un grand projet fut ouvert...

La gageure, décision de Jacques Chirac (décret du 1 août 2003), était de faire pour l’ISLAM mieux que partout ailleurs. Les Dépôts d’art de l’Institut du monde arabe (IMA), le Département des Antiquités orientales (entrée RICHELIEU), le fond inouï des Arts décoratifs de Paris (rue de Rivoli) ont été réunis pour créer « l’une des plus belles collections au monde » selon Henri Loyrette, directeur du musée du Louvre.

Embarquement Louvre, entrée DENON. Décollons, montons cour Visconti... Et, dans les flux en direction de deux des trois vedettes du musée (Joconde et Victoire) allons, car il nous faut mieux goûter la vaste « mise en majesté des Arts de l’Islam » !

L’entrée DENON, état le 22 sept. 012 , pas un grand espace libre sans affichage !

D’emblée c’est le pire des abords. – Stop ! Pas trop de public encore, mais tant et tant d’occultations absurdes… Voici le dit Musée à présent encombré par son imagerie propre ; plus aucun espace visuel de ‘calme’ dans ce Hall d’accueil. C’est à suffoquer !

Plus de respirations et de vides verticaux ; plus d’éléments de silence pourtant judicieusement conçus (à ma connaissance, par Ieoh Ming Peï )! Et, cerise sur le gâteau, cet été, une stridence de plus fut offerte au personnel de ce hall du Louvre : des gilets fluo d’autoroute ‘citron-mélisse’ (pour indiquer où sont les gardiens du temple !). Des panneaux directionnels et des renseignements « utiles » partout, certes, mais… « trop d’effets tuent l’Effet », n’est ce pas !?

Sommes-nous devenus suspects dès l’entrée du musée du Louvre, ‘bêtes et aveugles’ à mater ? Des panneaux il y en a même tant que nous sommes très désorientés ! – Mais je rêve : « D’où Venons Nous - Que Sommes Nous - Où Allons Nous » ?

Au prétexte de bien nous diriger, au fond, c’est humainement révoltant !

Autour de l’Evénement « LES ARTS de l’ISLAM rayonnement au Louvre » considérons l’information chiffrée qui circule dans la presse.

On rapporte que pour l’installation nouvelle du Département islamique : 100 millions d’euros ont été mobilisés. 31 viennent de l’Etat ; et plus de 11 millions des ‘fonds propres’ du musée du Louvre... Mais que, façon libéralisme économique d’aujourd’hui, toutes les astuces de mécénats divers ont pu réunir 70 millions d’euros.

Dans le sillage de la Fondation saoudienne Alwaleed Bin Talal, ces fonds proviennent essentiellement d’industries et pays liés à la manne pétrolière… On retrouvera aussi dans la liste des heureux mécènes : le Maroc, le Koweït, le Sultanat d’Oman, ou encore, la république d’Azerbaïdjan pour un montant total de 26 M€. Enfin, des donateurs privés – individuels et entreprises – ont participé pour 30 M€. Parmi eux des groupes français, Total : 6 M€ ; Bouygues Construction : 1 M€ ; ou Lafarge : 4.5 M€.

Voilà donc ‘beaucoup’ d’argent incarné ici qui mérite, a-t-on pensé, quelques belles plaques de bronze pour son huitième département… Mais, grands dieux et muses des Arts, pourquoi nommer les mécènes dans le lieu d’exposition – dans le lieu même de la délectation – dès après l’entrée du département ? Fâcheux, non !?

Est-ce qu’à table, dans quelques restaurants fameux, on vient vous bailler encore la Carte au moment de l’assiette qui fume ?

Détail central de l’une des deux plaques présentes ici dans la salle

Des plaques de bronze ‘conséquentes’, sans toutes les données ‘fiduciaires’ certes, (informations chiffrées laissées ou suggérées ailleurs !), mais fortes de la liste complète de tous les heureux donateurs… Et surtout, nuance ! Plaques présentées à l’égal des objets d’art… –peut-être un ‘chef d’œuvre’ au sponsoring ? « Les musées sont-ils à vendre ? » titre Beaux-Arts magazine (octobre 2012).

Or depuis la Révolution française et le Muséum central des Arts – devenu bien public en 1793 (l’idée date même d’avant) – Le Louvre a su ménager, sans réclame déplacée (jusqu’il y a peu), la formule « d’honneur collectif » aux Mécènes du musée ; donc quelques endroits centraux, mais vestibules à l’écart des collections, par exemple, avant la galerie d’Apollon, ou présentement, affichée entrée RICHELIEU. Formule finement appropriée pour instituer le fils continu de la générosité au Bien public comme une philosophie exemplaire dans la société !

Avec ce précédent y aurait-il glissement et rupture symbolique avec l’authentique grandeur des précédents donateurs ? – Suite assez miraculeuse de la grande noblesse utopique et généreuse des Mécènes/Donateurs du Louvre ?

Lorsqu’un Amateur, ou une collectivité éclairée, achète par amour, par goût de la beauté, des œuvres d’Art pour faire vivre la pensée humaine, ses élans sublimes et sa création vivante… et va jusqu’à donner quelque autre sens aux instincts de la cupidité, voilà un DONATEUR PRINCIPAL !

On m’objectera :

-que nombre des donateurs obtiennent souvent quelque compensation, demandée par leurs amis, pour leur philanthropie ;

-que l’on consigne leurs noms (en petit) directement sur les cartels des œuvres d’art données, ou que telle ou telle partie du musée s’appelle collection X (en grand) ;

-et que le devoir de ‘transparence contemporaine’ ayant court, les établissements (EPIC) « émancipés » ont quelques contraintes nouvelles qui s’accommodent fort mal de la discrétion d’autrefois – et d’estimations essentiellement qualitatives (spécifiques aux choses de l’art...).

Or ne faut-il pas espérer encore que les jeux économiquement diplomatiques soient, effectivement, une affirmation de Mécénat, et non un jeu… du type Go ?

« Le privé mène-t-il une O.P.A. sur les Musées » (français) ; « leurs Noms et Domaines » ? (sic).

Un Amateur d’art, collectionneur et donateur de haute tradition, me faisait l’honneur de m’accompagner dans cette première visite.

Déjà froissé par l’état des lieux, il regarde la dite plaque : – «Hélas, je m’en doutais ; quelle nouvelle école du tact que ce Louvre ! Je ne sais pas si ‘d’être un amateur antédiluvien’ est encore un privilège à vivre à l’époque du sponsoring ! Mon cher artiste……!! ». Et ce Monsieur de baisser les bras et de me planter là...

à suivre  chap. 2 -second aspect : Les architectures

Tableaux photographiques

« Une chose vue vaut milles choses expliquées ». Néanmoins, il m’est demandé ‘d’expliciter encore...’

Au domaine de Villandry, j’ai dû travailler avec une rigueur toute rationnelle le dessin, pour mettre en évidence la fine plasticité de la Forme... Ces dessins ont présidé à des « estampes numériques ». Ils furent conçus en montée progressive pour y placer au final ‘le Colorant’ (en rehauts à la main) ; ainsi formulés, contre toute attente actuelle, dans un style bien différent de celui ‘relâché’ qui a cours... ! Dès lors, il me fallait aussi faire percevoir l’existence du ‘chromiste’ et du ‘compositeur’ par mes « tableaux photographiques » !

Nul doute qu’à leur conception entre 2006 et 2008, et avant leur exposition effective au château de Villandry, mes compositions photos avaient quelques longueurs d’avance...

Or le temps où, en sa demeure, se démontre noblement en divers tableaux peints (comme des fenêtres) que « les habitants d’ici ont une âme humaine, un goût, un éveil sensible, un Regard, – voyez plutôt ! », n’est plus vraiment la formule à la mode... Force est de reconnaître que l’écran télévisuel mural géant a pris la place au cœur même du meilleur mur du salon (et c’est l’oubli selon la « P’tite distraction » !?). Car les tentations des chaînes télé sont grandes... Et depuis peu, avec l’apparition d’écran plus large en TNT, et les progrès décisifs du direct qui peut conjuguer jusqu’à trois ou quatre images éclatées, le spectacle de ces polyptyques contemporains n’est plus l’expression esthétique et complexe d’un ‘sacré harmonique’.

Ainsi, par certains côtés, mes « tableaux photographiques » étaient ‘bizarrerie non conventionnelle...’ ou ‘étrangeté avant coureuse’ pour le public visiteur d’image fixe à Villandry – domaine et jardins qui sont hors des chemins des critiques d’art spécialisés... Toutefois, l’édition annexe de cartes postales (présentées ici sur un panneau d’exposition) s’est effectivement vendue, peut-être tel l’indice d’une rencontre et d’une reconnaissance !

Mais surtout, une des parts facilement démontrées en cette exposition : celle d’une importante post-création (avec des logiciels comme Photoshop) s’est très vite retrouvée propulsée dans certaines productions, affiches, et concepts des graphistes alentours... Car, bien plus vite que l’usure naturelle de la Loire, la vallée des Châteaux est friande d’un goût décoratif attrayant...

Internet et ses moteurs de recherches prolongent donc la présence de mon travail artistique. Dès lors, sa dimension innovante ‘à la française’ n’est plus aussi inédite ; admettons !

Que reste-t-il alors dans le temps de cette identité artistique rigoureuse, prolongée avec les mêmes outils que les graphistes actuels ? Seuls quelques influences éparses, éléments ludiques de contexte, si facilement phagocytés dans un lieu touristique ?

En fait, j’ai voulu, par leurs qualités esthétiques, offrir une part visuelle à l’esprit, en tableaux et en sens... Eléments qui, à en croire certains collectionneurs : « demeurent toujours d’absolus témoignages d’un regard qui enrichit ».

Roses nouvelles à Bagatelle

Le concours international annuel des roses nouvelles 2013, sis au Parc de Bagatelle à Paris, est ouvert de juin à septembre 2012. Les promeneurs y sont judicieusement sollicités pour élire, eux aussi, leurs trois roses préférées – et la plus parfumée de toutes...

Dans cette superbe roseraie à la française, il y a des angles de buis privilégiés ; dans l’un d’entre eux, voici de profil La n° 35 :

Ma grand-mère, Henriette Grandjean-Bourquin (1887-1968), une des inventeurs du Style sapin, artiste née à La Côte-aux-Fées en Suisse, présente à Dresde et Munich en 1905/1906 (avant Le Corbusier), et à Paris en 1910... (– personnalité hors norme et remarquablement anonyme !), me disait que : « pour commencer à percevoir une Rose, il fallait en avoir peint... Cent et une ! » Et pour moi au moins, le mystère ‘tant redouté’ de la très « belle rose » demeure...

Sans doute, y a-t-il quelque chose d’extrêmement savant au travail horticole ; ne serait-ce que pour créer, annuellement, parmi toutes les sélections variétales de l’histoire humaine, encore ici, les bons numéros pour concourir ! Quelques sophistications que jury et public de Bagatelle voient, mais ne regardent peut-être pas... Par exemple, le savoureux rosier plein d’épines au feuillage d’un vert mat sans pareil ; aux fleurs d’un rose violacé des plus attractif qui, ouvertes telles des pivoines, présentent un superbe cœur d’étamines dorées ; tout en émettant un parfum fin et suave... Or il était le lauréat des insectes qui s’en donnaient manifestement l’adresse. Preuve par visuel :

Or, comment comprendre que ce n° 16 (de l’an passé) soit... si évidemment demeuré sans prix, ni distinction aucune !? Elément végétal de beauté qui n’aura peut-être jamais le bonheur d’un nom... Là aussi une merveille hors norme, comme indemne du goût de nos contemporains ? Or avez-vous vu ailleurs un tel, disons...

Spectacle d’heureuse volupté goulue ‘à table fleurie’ ?

En cohérence avec mes nécessités... je suis le plus possible familier ‘des libertés de non consommateur offertes’ par ce jardin parisien. Après cette époque où le public est comme éduqué par les petits fleuristes à s’émerveiller de roses idéales « sans feuilles et sans épines » (alors que les jurys paraissent primer un retour vers les rosiers de type « églantines » à la distribution végétale foisonnante) espérons une nouvelle ère aussi dans ces Concours... !

Au fond, j’aime revivifier dans les jardins une attitude enfantine de contemplation... Pourquoi faut-il que, souvent, mon regard me guide vers un plant harmonieux, bien particulier, parfois sauvage ou hybride ? – Il est vrai que je le partage, souvent, avec quelques bourdons, petites guêpes, ou abeilles allant aux sources d’inspiration !

Ainsi, en suivant le vol d’un gros bourdon aux pattes lourdes de pollen, mes pas se sont portés sur un classique de la roseraie de Bagatelle... Et quelle émotion d’y lire gravé sur l’étiquette : Jardins de Villandry – Delbard !

De retour à l’atelier, l’occasion de revisiter les catalogues des Marches d’un regard s’est imposée alors à moi, puis d’en reprendre les textes.

Ballotage esthétique

Ouf, c'est la rentrée parlementaire ! Après une campagne électorale des plus prégnante, la 14e législature de la Ve République a été ouverte mardi 26 juin au Palais Bourbon, en présence des 577 députés élus le 17 juin, dont 230 nouvelles têtes.

Entre 1832 et 1835, Honoré Daumier modela une quarantaine de bustes en terre crue, têtes polychromées établies pour son travail graphique... Ces caricatures, de fines personnalités politiques, dites Célébrités du juste milieu, ont survécu à bien des vicissitudes et sont exposées au musée d’Orsay depuis 1986.

Elles furent acquises auprès du marchand d’estampe Sagot-Le Garrec sur les instances pressantes de Raymond Mason.

Dans ma vie quotidienne, comment ne pas être curieux de telles surprises visuelles ? Je vous livre ici, sans parti-pris politique, quelques images offertes par la surexposition contemporaine et collectées dans les petits pas de mon quartier.

Ces affiches électorales, conçues en vertu des exigences sophistiquées des communicants, sont en fait prisonnières des contraintes d’affichage précaire ; les militants, colleurs occasionnels, donnent ainsi à leurs icônes des visages inouïs... Leur rôle est-il de nous faire une piqure de rappel ou de nous fasciner par leur aspect caricatural ?

Ici, comme sculptées par les ondulations des barrières de travaux de la ville de Paris, ces têtes sont captées, tel un art cinétique, selon le ballotage naturel d’une cité, et non choisies à partir de leur déprédation, sur les panneaux officiels.

Daumier et tous les caricaturistes ou peintres n’y trouveraient-ils pas matière à nous faire rire ?

Les Belles Heures du Duc de Berry

C’est le merveilleux absolu, l’exceptionnel ! Au cœur même du musée du Louvre (jusqu’au 25 juin 2012 – côté Sully, 1er étage), une exposition d’enluminures présente en 47 feuillets (et d’autres petits chefs-d’œuvre...) l’un des plus haut niveau de perfection et d’inventivité du début du XVe siècle français.

Des visions réalisées avec force lumière, mais sans ombre portée... ; des principes de dégradés inouïs, dans une technique quasi magique avant l’usage de la peinture à l’huile... ; des propriétés d’un raffinement de couleurs si vaste et si ultime... ; une somme de conceptions chromatiques des plus fines... ; des compositions sacrées qui ont été découvertes par les frères Limbourg pour le bonheur et l’esprit du Duc de Berry !

Toutes choses présentées à nos yeux, mais pour peu de temps encore... Miniatures des Cloisters, département médiéval du Metropolitan Museum of Art de New York, à voir et à revoir avant leur remontage dans leur reliure.

Commissaire(s) : Hélène Grollemund, chargée d'exposition, et Pascal Torres, conservateur de la collection Edmond de Rothshild, au département des Arts graphiques, musée du Louvre.


Chiffre, Patrimoine et Évènementiel

Assurément, ce CPE (chiffre, patrimoine et évènementiel) est une conjugaison déterminante :  – un ensemble de mots clés actuels... idéal pour dévoyer le patrimoine artistique !?

Voyez plutôt le sort du musée Picasso, entre autres exemples présents sous nos yeux.  Il fut :  Musée d’une superbe réussite (ayant ouvert ses portes en 1985) ; symbiose de l’Hôtel Salé et d’une Œuvre artistique troublante...  Mais, 'coquin de sort' !  Malheur m’en a pris d’y faire le tour à l’occasion de  « NOMADE2012, Aux sources de la création dans le Haut Marais ».

Au prétexte de « mise aux normes » pour des ambitions à  800 000 visiteurs, voire un million,  l’Hôtel Salé sera, effectivement... feu le musée des amis de Pablo et des amateurs de Picasso !  Et après la visite des grues et élévateurs... – le cap présent est pour le printemps... voire l’automne 2013... ? 

Des Conservateurs d’une autre génération  – gens de goût témoin de l’époque de Pablo Picasso –  avaient su incarner à Paris après la disparition de l’Artiste en 1973, une pensée terrible en un musée vrai... (Lieu d’audience d’un patrimoine favorisant la création et l'esprit) !  Et, n’était-ce pas la perfection esthétique du genre ?  Bel exemple à la suite d’une dation réussie (invention de Louis Gabriel Clayeux) !  En fait, au lieu d’une course poursuite qui se chiffre maintenant à hauteur de 54 millions d’euros, combien n’aurait-il pas été plus juste de classer le travail architectural de Roland Simounet ?  Cœur d’une rencontre des œuvres de Picasso bien complétée par celles de Diego Giacometti et selon l’esprit muséographique de Dominique Bozo.... !  Il me faudrait y revenir dans un futur billet pour bien poser la question hallucinante du développement durable en art.

Car, pour l’avenir et la conservation de notre Patrimoine culturel, de quel droit ne pas se contenter de  50 000 visiteurs dont 65% d’étrangers, pour ces  5 000 œuvres de l’artiste ?

Ne peut-on s’interroger légitimement, ou mieux, sur les possibilités futures, et selon une articulation :   qualitatif/quantitatif  au sein même du ministère de la Culture ?

Question vive :  – Faut-il rendre accessibles les œuvres capitales de l’humanité au plus grand nombre – ou – au plus grand nombre  possible ?