Créées pour le centenaire de la mort de Paul Gauguin, vingt quatre reproductions numériques artistiques, dites RNA, en procédé digigraphique, taille réelle, ont été commandées par la mairie d’Hiva Oa au peintre Etienne Trouvers. Elles sont exposées dans l’Espace culturel Paul Gauguin inauguré le 8 mai 2003 à Atuona, sur l’île d’Hiva Oa dans l’archipel des Marquises. L’artiste a choisi quatorze d’entre elles, dont deux en double page, pour constituer au format 37,5 x 27,5cm l’édition originale de ce portfolio ; édition qu’il a enrichie de deux détails en taille réelle. A ce format, ces reproductions artistiques sont limitées au seul tirage de ce portfolio en cinq cents exemplaires, mondialement diffusé. Ces visuels qui réalisent ce qui était considéré comme impossible jusqu’ici, seront exposés avec les notices qui leur correspondent à la Maison de la Bibliophilie. Le jour de l’inauguration de cette présentation fait écho à la date du vernissage de l’exposition de Paul Gauguin, organisée à la Galerie Durand-Ruel le 4 novembre 1893. Pour mieux souligner encore la formidable pérennité de l’œuvre de « P.Go », l’exposition se situe un an après celle du Grand Palais célébrant le centenaire de sa mort. Déjà pour P. Gauguin le procédé photographique était un outil pouvant servir l’art pictural. Victor Arosa (son tuteur) était l’inventeur de la phototypie, technique utilisée pour la reproduction des œuvres d’art ; ce qui permit à Gauguin d’emporter dans ses voyages une sorte de « musée imaginaire » en noir et blanc. Peintre visionnaire et d’avant garde, il perçoit parfaitement les limites de la photographie. Il refuse de saisir la réalité au sein de ce qu’il nomme : le « faire aussi bien qu’une ingénieuse petite machine ». Sa création artistique réplique au procédé mécanique en bouleversant les conventions académiques de la capture de l’apparence. D’une complexité chromatique jouant d’aplats puissants, il crée une œuvre subjective, singulière, jusqu’ici impossible à reproduire fidèlement. Or, les xylogravures et les écrits illustrés de Gauguin révèlent une nette conscience de la nécessité du partage pour une publication fidèle à son propos artistique ; voilà pourquoi il a paru licite à Etienne Trouvers de reproduire, par des moyens innovants, ces peintures. Hommage à Paul Gauguin, ce « livre d’artiste », merveilleuse suite d’estampes numériques, concrétise une attitude de conscience esthétique d’avenir… En effet, le mode de production ou de « post-production » – devenu possible du fait même de l’émergence des outils informatiques – permet, non seulement d’exprimer la sensibilité d’une individualité artistique, mais aussi, et surtout, d’exercer une véritable conscience esthétique sur les interactions fines des éléments chromatiques manipulés. Le portfolio a été établi par un peintre actuel à partir de diverses sources visuelles combinées, retouchées à la palette graphique en procédé digital, puis harmonisées formellement – à partir de l’original peint – pour atteindre la meilleure fidélité de transmission. Etienne Trouvers a composé pour cet ouvrage le frontispice, calligraphié d’après l’Oviri, ornant la tombe de Gauguin à Hiva Oa, et spécialement édité en lithographie. Pascal Torres Guardiola, conservateur au département des arts graphiques du musée du Louvre, a rédigé la préface. Ce dernier présente quel est, dans l’évolution de l’art de la reproduction, l’apport spécifique de la technique numérique, et en quoi le travail d’Etienne Trouvers est pionnier en la matière. Cette présentation se veut une démonstration didactique sur l’histoire de la reproduction des œuvres d’art et de l’estampe d’interprétation. En effet, cette récupération de l’image d’interprétation « dans le champ de l’art » par un peintre, ouvre des perspectives inattendues dont cet hommage à Gauguin, dette bien compréhensible envers l’origine de la couleur, ne fait qu’initier le regard et l’esprit. Dans cette quête de la complexité de l’art pictural, Etienne Trouvers, auteur d’un procédé qui reproduit les œuvres au frôlement de pinceau près, restitue le foisonnement chromatique : nuances et voluptés à l’origine d’une émotion esthétique. Illusion des œuvres en présence réelle ; c'est-à-dire, une authenticité nouvelle, offerte à la conscience perceptive ! A divers moments de la diffusion de l’image fixe le Livre est essentiel. Complicité de toujours allant du petit catalogue aide-mémoire au méga catalogue raisonné pour se Souvenir ; du livre sur un artiste au Beau Livre : le livre d’artiste. Pour ce portfolio « À PAUL GAUGUIN par Etienne TROUVERS » tout a été conçu, choisi, voulu dans une implication totale. Un peintre vivant rend ici un hommage à… par le choix des papiers, la technique utilisée, la couleur des encres et leur qualité, la mise en place de la typo, afin de proposer un ouvrage à l’attention de celui qui – amateur ou bibliophile – sait encore goûter l’authenticité de l’art pictural. Trouvers explique : « Ce portfolio correspond enfin au rêve de mon adolescence, alors qu’il m’arrivait de me priver afin de m’offrir tel ou tel livre sur l’art. Livres servant à affûter l’œil aux formidables œuvres des musées, malheureusement, de plus en plus inaccessibles à la contemplation… » Or voici qu’un livre, dans un objectif de partage qualitatif de l’œuvre d’art, va permettre de développer « temps, jugement et intelligence ». Une « révolution suave » lorsque par la vision d’un peintre, les moyens de reproduction les plus fins et les plus sophistiqués sont maîtrisés pour une interprétation… des plus fidèles. Au format 30x40cm, avec un tel niveau de définition, la délectation redevient possible pour chaque planche de ce portfolio (tableau intégral ou détail en taille réelle). Chacun peut retrouver sa liberté, son implication sensible, choisir l’éclairage, l’atmosphère, le recul ou la proximité appropriés. Une fois de plus dans notre histoire culturelle, le livre et l’image fixe s’offrent au regard. L’exposition-présentation de ce portfolio est l’occasion de bien percevoir le processus d’interprétation des reproductions numériques artistiques (RNA), mais aussi celui de création des multiples-artistiques numériques (MAN). Ce sont les étapes successives d’une création assistée par ordinateur qui aboutissent à des œuvres d’art d’un nouveau type. Dans cette synergie entre opérations artisanales et moyens d’analyse par logiciels d’image, l’ordinateur devient un outil de maîtrise. Grâce aux niveaux d’exigence et de sensibilité de l’artiste, ce processus aboutit à la création d’une nouvelle œuvre par un fait-main-machine, au pixel près. De sorte que, réalisé soit selon les seules instructions de l’artiste, soit sous son seul contrôle, chacun des MAN ou RNA porte la marque de son intervention. Il ne s’agit donc plus de « reproductions mécaniques », principes réducteurs dénoncés par Walter Benjamin, mais de « re-production numérique » ouvrant sur une liberté de réalisation revivifiée. Est présenté ici un enchaînement séquentiel d’épreuves de travail laissant apparaître les annotations de l’artiste (vert trop dense, rouge trop dur) avant d’arriver à la re-production artistique. Cette linéarité démontre l’effort qualitatif qui est la marque de la personnalité de l’auteur dans sa maîtrise des interactions chromatiques constituant la forme picturale. Par une technologie des plus fines et des plus sophistiquées, chaque estampe numérique, RNA ou MAN, est réalisée, une à une, au moyen d’un traceur jet d’encre haute résolution, en 7 encres pigmentaires haut de gamme, garanties pérennes par le fabricant, sur un papier beaux-arts, pur coton, spécialement préparé. La résolution est si fine que le traceur met trois heures pour imprimer l’ensemble des planches d’un seul portfolio. Rendus possibles par la plasticité du traitement numérique de l’image et par le nouveau seuil qualitatif des matériaux, ces estampes numérique – tout en maintenant le plus haut niveau d’exigence esthétique – sont donc des œuvres d’art qui correspondent aux critères du mode de vie contemporain. Cet hommage à Gauguin est le prolongement direct de la création d’Etienne Trouvers qui se décline de la peinture prototype aux multiples-artistiques numériques : MAN. Selon l’expérience vécue par l’artiste de l’énergie subtile des êtres et des choses, le prototype de son œuvre picturale est d’abord élaboré en peinture à la colle sur papier au moyen de la vitalité d’un pinceau porteur de couleurs. L’intervention de l’artiste se prolonge alors dans un second geste d’approfondissement formel de l’œuvre. Le tableau se poursuit en post-production avec les outils de la palette graphique. L’image numérique constitue ainsi un second point de départ pour l’artiste. L’ordinateur prolonge le pinceau, précise et amplifie son geste originel. Après plusieurs étapes de re-travail sur le fichier de départ, Etienne Trouvers choisit l’épreuve qui sera l’œuvre finale, seule capable de rendre l’émotion du travail créatif de l’artiste. L’exposition présente donc quelques œuvres en MAN confrontées à certains prototypes peints. Problématique dialogue entre l’œuvre née de la main de l’artiste guidant son pinceau et celle retravaillée à l’aide des technologies numériques : partition originale, réinterprétée par l’artiste à la manière d’un compositeur chef d’orchestre. E.Trouvers travaille en nuances sur la palette chromatique et se réapproprie l’œuvre pour le plaisir de nos yeux : les tons pastels se font ocres vifs et jaunes chatoyants, ou vice-versa. Les images exposées ensemble, issues d’une œuvre originale identique, se répondent l’une à l’autre et nous donne à voir les mouvements dynamiques à l’intérieur d’une toile. Les diverses versions sont absolument identiques dans leur graphisme, mais tout l’équilibre intérieur de l’œuvre, la Forme, se trouve réorchestré par les changements chromatiques. Ceci est d’autant plus souligné dans l’œuvre de Trouvers qu’il explore avec ses motifs déclinés dans l’espace les vibrations d’un mouvement qui se propage à l’infini. L’estampe numérique d’interprétation, dite « M-A numérique », a déjà été exposée en France et à l’étranger : entre mars et décembre 2000, à Liège puis à Paris pour Art contemporain 2000 et à l’Ecole d’architecture ; en juin 2002 au musée de l’Eau à Lisbonne, etc. Pour l’historique des installations et les articles de presse, vous pouvez consulter le site www.etienne-trouvers.com.