Lettre ouverte au regardeur

Public, permettez-moi de vous faire part d’un courrier adressé à la Ministre de la Culture, suite à des années de lutte, et à propos de projets de « restauration esthétique » ;  par exemple ici d’un des joyaux du Musée des Beaux-Arts de Besançon : L’Ivresse de Noé de Giovanni Bellini (1430-1516). Il faut savoir qu’il s’agit d’un des derniers tableaux de cet artiste ayant gardé sa velature dorée.

Regardeur, l’on décape tout vernis dit ‘jaune’ ou ‘jauni’ au prétexte d’une ‘lisibilité’ véritable. Or c’est la grande affaire muséale d’une génération et demie d’interventionnistes… sur tableaux et sculptures d’autrefois !

Avec un peu de recul, ces opérations impliquent un coût toujours plus exponentiel pour la conservation de notre patrimoine artistique. Pourquoi investir des compétences et des moyens financiers pour faire perdre de leur valeur aux originaux ?  – D’où un sabordage idéologique, normatif, matériel et dogmatique...

En l’occurrence, une forme de falsification officielle de l’Art ancien au musée. Voire un discours prégnant sur l’Art visuel rendant aveugle… Est-ce possible ?

Or, voici qu’il serait bien de préserver ce Giovanni Bellini, tableau charnière de 1515, en tant qu’état témoin d’une autre esthétique… puisque son climat d’or léger est bien conservé, et témoigne concrètement de la spécificité vénitienne. Et ce, d’autant plus aujourd’hui, que pour correspondre à un goût imposé, il suffit à présent de proposer, en virtualité numérique facile, une version ‘crue’ à lisibilité touristique.

La France s’honorerait au domaine de la dite la « restauration » de maintenir – avec cette belle saveur dorée –  l’esprit de nuances dont elle était le phare, sans tricherie d’allégement des « vernis jaunes » ;  car !…  (par exemple, cf. compte-rendu de la ‘restauration esthétique’ des Noces de Cana  de Paul Véronèse, en date du 5/12/1989) : « L’effet final sera celui de l’allègement demandé par le département, même si pour y parvenir, la méthode n’est pas celle de l’amincissement progressif du vernis ».

Capture d’écran le 8 juin à 14h, (Google Image).  La diversité de ces visuels en chromie montre que la communication présente tend à nous faire croire déjà que l’œuvre picturale se doit d’être froide et neuve, donc… grise. Mais à quoi bon toucher par delà le jeu virtuel à la ‘matrice’ originale ? Remarquons que dans le visuel en bas, à gauche : Noé se caractérise mieux, avec richesse et sensualité, par une diversité de teintes plus ou moins dorées. Le visage, la barbe et les chairs ivres de vin correspondent au regard qualitatif de la Renaissance ; époque d’observation de la beauté humaine sur les premières chairs nues, selon : l’air, le climat coloré, la diffusion de la lumière…

Musée des Beaux-Arts et d'Archéologie de Besançon

« Un des chefs-d’œuvre du musée, L’Ivresse de Noé de Giovanni BELLINI, sera exposé au musée Correr à Venise du 5 mars au 18 juin 2016, dans le cadre de la manifestation 'De grands vénitiens de retour à Venise: chefs-d'oeuvre des musées français', qui prévoit de présenter au public vénitien une oeuvre différente tous les trois mois. L’oeuvre de Besançon inaugurera ce cycle (…) »

Ivresse de Noé, Giovanni Bellini, 1515, peinture tempera et huile sur toile, 103x157 cm, cliché du musée des Beaux-Arts de Besançon - avant restauration

Tout un programme à l’affiche ! Or, quelle est la nécessité vraie de telles "restaurations esthétiques" de ce Bellini après son exposition présente au Musée Correr de Venise ? Une confrontation avec la Transfiguration de G. Bellini, transfigurée  (après restauration) a-t-elle été à charge ?

La Transfiguration, G. Bellini, 1455, tempera et huile sur bois, 134x68 cm, Musée Correr Venise  - après restauration,  peinture ou imagerie ?

Un usage rénovant contre le chômage de restaurateurs interventionnistes ? Ou le pouvoir souverain de personnalités, dites immortelles… qui s’approprient la vie d’outre-tombe de l’Art ?

En l’occurrence, à quelle fin interrompre la transmission du fil des générations par quelques réductionnismes sur des peintures de la Renaissance ? Celles-ci attiraient par leur étrangeté merveilleuse ou leur portée affective, mais témoins gênants encore sauvegardés dans leur jus, bien dans le fameux blond vénitien (climat qui deviendra bientôt une légende en mots) ?

Mais avec de telles intentions (à grande échelle dite de ‘restaurations’ compétentes), c’est effectivement un ‘pictocide’ qui formate le goût et les idées.  Et avec quelles conséquences, déjà assurément perceptibles... Une forme de pollution mentale et délétère puisque les référents, au musée, sont touchés, voire exploités ?

C’est pourtant ici autant d’attitudes obsolètes, sinon révolues ; car n’ayant guère intégré que le monde actuel doit se redéfinir tout autrement après les engagements officiels de la COP21.

Mais voici encore qu’avec cette opération « généreuse », nous retrouvons à la manœuvre ceux qui  – à Venise et en France –  ont corrigé Paul Véronèse, entre autres…  A l’aise dans des idées de déconstruction (genre XXème siècle), ils se trouvent à devoir poursuivre la voie de celles et de ceux « nés comme pour tuer la peinture » (cf. Gustave Courbet). Attitude paonne de quelque jalousie non créative, peut-être ? Que de mobiles donc pour se servir encore dans l’immobile au musée !  Le péril est grand. Démarche pourtant fatale et insidieuse pour l’avenir !

Pour ma part, en cofondant l’ARIPA, j’ai rencontré encore l’élan des créations anciennes de ‘gens de métier’ (plus que des héritiers ou des intendants).

Et donc un Art visuel vécu en tant que discipline d’éveil ;  beauté offerte aux regardeurs, dans l’espérance utopique de l’Education et de la Culture. Le musée du Louvre étant alors un lieu de réalités sensibles et picturales ‘jaunes’ ou ‘dorées’, surtout propices à l’expression visuelle de la liberté et des capacités sensibles de l’être humain. Peintures manifestes pour un apprentissage de l’altérité !

Or c’est peut-être dès l’enseignement supérieur qu’il faudrait revoir l’optique de ceux qui interviennent ensuite  – d’autorité –  sur l’Art et la Culture.

En vous remerciant de bien vouloir relayer ces inquiétudes, je vous prie de croire en ma sincère et respectueuse considération,

Un artiste visuel, peintre, meurtri

le 7  juin 2016

à Madame Audrey AZOULAY
Ministre de la Culture et de la Communication

Objet :  suite aux dossiers des 14 février, 31 mars, et 14 avril 2016 relatifs aux ‘restaurations esthétiques’ dont celle du Saint Jean-Baptiste de Léonard de Vinci

Madame la Ministre,

Vos services m’ont redemandé, en date du 13 avril 2016, les dossiers que j’avais déposés rue de Valois, dès votre prise de responsabilité du Ministère. Je pensais que cette demande était pour élaborer une réponse à des interrogations très légitimes, ou à celles de Corinne BOUCHOUX, sénatrice de Maine et Loire, vice-présidente de la Commission culture, éducation et communication du Sénat. Or le temps présent court pour les ‘interventionnistes’, mais contre l’intégrité de notre patrimoine artistique ; le ‘pictocide’ se propage et nous sommes toujours en attente de vous lire.

Permettez-moi aussi de vous alerter sur un nouveau chef d’œuvre, en bon état de conservation et de présentation, à ma connaissance ; tableau qui est en voie de passer en « restauration esthétique » malgré des réticences de conservateurs, d’amateurs et d’historiens de l’art.

Il s’agit de L’ivresse de Noé de Giovanni Bellini, joyau des collections du Musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon. Peint en 1515 à Venise, il a été légué au musée par Jean GIGOUX en 1894.

Comme on peut le soutenir les œuvres de Léonard ou de Bellini, entre autres, ont été ni créées ni conçues pour l’optique actuelle dite de ‘lisibilité’ qui fait fi « de l’or léger des vernis et des glacis de finition des anciens maîtres », ainsi que l’ensemble complexe des traces de la mémoire sensible, ou dits ‘repeints’.  Véronique BESSE, députée de la Vendée, m’assure en date du 16 février 2016 : « Vous pouvez compter sur ma vigilance et ma détermination pour intervenir en faveur d’un moratoire de ces politiques dites ‘de restauration’ ainsi que de leur bilan par les techniques numériques visuelles comparatives, dès que l’occasion m’en sera donnée à l’Assemblée nationale. »

Le cas échéant, je me tiens à votre disposition pour toute rencontre complémentaire, suite aux principes d’innovation permis par les techniques numériques (cf. liens). Ils offrent la possibilité d’établir et de fournir une analyse critique, fine et rationnelle de la part visuelle d’une œuvre d’art par le moyen de l’imagerie différentielle.

Je vous prie de croire, Madame la Ministre, en ma sincère et respectueuse considération.

Etienne TROUVERS

Restauration ou volonté de puissance ?

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COP 21 -point d’interrogation

Bouche d’aération ou pas, ‘des primevères’ vont marcher pour la planète ! Mais silencieusement,  et jusqu’à la Place de la République au moins.  Ont-elles adhéré à ce propos de Périclès : « Il n’est point de Bonheur sans Liberté, ni de Liberté, sans Courage » ?

Il est temps, prenons les bonnes décisions, changeons de paradigmes afin d’éviter d'effroyables guerres climatiques !...  Une mutation malicieuse à l'image de mes 'chaussures-surréalistes-erratum' ? (des souliers où tribord – côté droit d'un navire :  de couleur verte,  est ici rouge). Exhortation révolutionnaire donc :  

– fasse qu'une remise en cause fondamentale du consumérisme 'naturel' du XXe siècle émerge de cette COP 21e  !

Faute de manifestation autorisée à Paris, une chaîne humaine entre Oberkampf et Nation, puis République… s’est mise en place ce dimanche.

A voir ou à revoir, le documentaire « La glace & le ciel » de Luc Jacquet,  sur la vie et l’œuvre  de Claude Lorius, climatologue.

Résistance mentale

La Liberté dans nos vies ou la Sécurité au quotidien  pour les grandes villes et les lieux stratégiques de France ? – telle serait l’une des questions d’aujourd’hui.

En fait, combien de fois dans nos vies présentes, dans chacun de nos déplacements en métropole sommes-nous piqués par la ‘voix neutre’ d’un haut parleur qui lance : – « pour votre sécurité,  ne… etc. » !?

Assurément, puisque la capitale vient d’être à nouveau « ensanglantée par le déchainement d’une violence bestiale dépourvue de la moindre trace de sentiment humain, une violence où s’expriment la haine de la vie et la détestation de la liberté », pourquoi ne pas faire confiance, par exemple, aux autorités de la Mairie de Paris…  (cf. pdf, en lien).

Et, comme l’ont décidé les deux chambres, Assemblée Nationale et Sénat :  – pour trois mois, le Président de la République, le Premier Ministre, les hauts Chefs des armées et les responsables de la Police gouvernent notre pays hors des contre-pouvoirs du parquet, des juges d’instruction ou d’autres instances politiques. C’est l’état d’urgence !

Pour bien vivre cette idée en balance mentale : « Liberté - Sécurité » essayons naïvement d’escorter mon ‘bouclier de… carton’ !

Très rapidement réalisé (ma mère était peintre en lettres)  – conçu et porté pour la minute de silence, le lundi 16 nov. 2015 –  voici le parcours d’un ‘bouclier de carton’ (diaporama de 7 photos, à cliquer). Nous sommes en solidarité, en profonde sympathie avec les victimes, à tout juste une semaine des trois massacres barbares… en une Ville comme Paris. Force serait donc d’y constater que mes stations et arrêts sur images fixes (Place de La République et rue de Charonne) sont livrés à la possibilité esthétique de recueillement.

Ensuite, que dire encore ? Certes, les pensées sont meurtries aux strates profondes des petits bonheurs des Cités ;  une forme de liberté, de présence ardente naturelle, de conscience en la vie est ébranlée par des informations quotidiennes fort négatives, stressantes. Des flots de paroles avant, puis après  « La minute de silence citoyenne ».

Comment calmer le psychique et résister ?  Or bien des esprits de l’intelligence française participent ici à l’élaboration d’une lucidité nouvelle… Ce qui en soi fonde une victoire de l’esprit !

Avec compassion, nos pensées sont d’abord allées aux victimes… évidemment meurtries à vie. Mais aussi aux :

-familles et proches qui sont plongés dans une lutte nouvelle d’épreuves, avec le travail d’un deuil ‘terroriste’ dans les mémoires ;  -témoins, proches, passants, eux aussi traumatisés ;  -personnel soignant sur-sollicité ; -suivi psychologique devant ces traumatismes inouïs dans nos hôpitaux parisiens : raison de vivre ou d’en mourir !  -responsables politiques et forces de l’ordre pris d’un devoir de se hisser… devant un terrorisme effroyable « dans cette guerre déclarée… »(sic) !

Beaucoup de souffrances donc ! Perceptions prises autour de quelques principes métaphoriques de mon petit ‘Bouclier de  carton’ ?

Certes, ce ne sont que des rencontres indirectes en des lieux chargés de présence fantôme : sur la Place de la République et dans le 11e arrondissement de Paris, par exemple. Mais, happés dans notre émotionnel surinformé… Car qu’est-ce que la résistance, face aux têtes complexes, peut-être apocalyptiques, d’une sorte d’hydre de cauchemars ? (cf. la tapisserie de l’Apocalypse d’Angers)

Dans les périls ambiants, je ne suis évidemment qu’un artiste visuel, présent, sensible, mais devenu marginal… (en raison d’engagements mal perçus pour le patrimoine artistique, cf. billet du 4 déc. 2014). Un être plus ou moins touché par l'angoissante perception d’avoir rencontré, aussi, l’espace d’un moment, et dans l’idée d’un travail à mener, l’une des superbes franco-tunisiennes de 37 ans, fauchées vendredi… à la terrasse de  LA BELLE EQUIPE, rue de Charonne !

Car, depuis 2013, j’ai sur les chevalets de mon atelier peut-être l’une de ces parts ambigües des fastes de la séduction humaine : un travail sur l’apparat désiré et craint par l’idéologie radicale de l’Islamisme.

Une représentation artistique : recueil sensuel de mèches… de chevelures adorables, cosmiques, fantastiques, s’il en est ! De celles que ‘les barbus’ craignent le plus  – une donnée d’un universel supérieur, essentiel et coloré ! Et donc, que les fondamentalistes-radicaux-et-religieux tiennent tant à recouvrir d’un voile plus ou moins intégral, ou du fameux niqab absolu !

Tableaux conçus et réalisés grâce à la participation à mon atelier de divers modèles féminins ayant presque tous des racines orientales, métissées.

 C’est dans une sensibilité de demain que je travaille en complète participation active dans une illusion de matière éthérée, comme celle du feu : allant « du fusain au pixel » pour un transfert d’énergies vitales… par grain de particules !

Au fond, mes fondamentaux artistiques participent d’un élan d’interactions que je crois toujours nécessaire pour la liberté de l’être ;  elle est née avec l’humanité voici plus de 30 000 ans  et s’appelle : l’effort de beauté offert en partage.

‘Bouclier’ certes, mais je crois que « face à la connerie obtuse, tous les boucliers sont de carton... » (propos d’un ami poète). Mais ne faut-il pas en la circonstance sublimer, dans le vivant, les folies présentes ?

J’aimerai vivre cette prière de R. Riber mise en exergue à l’Oratoire du Louvre, pour protester :

« Je vais prendre le temps 
de laisser poser mon regard
sur les choses de tous les jours 
et les voir autrement, 
celles que chaque matin, 
je croise sans les voir !

Toutes les choses familières
que je côtoie à longueur de jour, 
de mois, d’année…

Je vais prendre le temps de voir l’étrangeté des arbres, de ceux de mon jardin, ceux du parc voisin, qui le crépuscule venu bruissent de mystères (…) » !

Assurément Daech & Cie ou ‘l’Islamisme dévoyé’ jouent, selon ma compréhension, les grands moments d’une apocalypse ; ils la jugent méritée pour résoudre in fine toutes leurs rancœurs, leurs ressentiments, leurs frustrations, etc.

Car ils se revendiquent « le bras armé de la justice divine » (cf. lien : émission de France-Culture), dans le but de purifier les dévastations des grands prédateurs occidentaux : le « peuple est abruti par les divertissements » (…) « le gouvernement français est en faillite » (…) « c’est un pays faible » (…) l’hexagone, ses élites… sont « corrompus et d’évidence immoraux ».

En conséquence, côté occidental, au quotidien résonne le mot « sécurité » qui nous tourmente en tout lieu de l’espace public et privé.

Si l’état d’urgence se prolonge au-delà du raisonnable, ne risquons-nous pas d’être conditionnés à l’opposé des valeurs de Liberté et de Fraternité ? Une GENERATION CRAINTE se profilerait alors ; ce serait assimiler le jeu mortifère souhaité par les intégristes.

 Quelque relent terrible du XIe siècle : vision de l’émir ben Youssouf (l’un des fanatiques les plus sanguinaires…) cf. LE CID, 1963, film d’Anthony Mann,  - leçon de résistance mentale de l’Espagne, à méditer, peut-être ?

En fait, la liberté de conscience et de gouvernement du mental des intelligences sensibles est mise à rude épreuve…

Nous sommes surveillés, certes. Mais surveillons-nous, dans un esprit de tolérance, pour éviter de « Faire flotter le drapeau de Daech sur l’Elysée » ! (cf. par exemple, la revue sur papier ‘glaçant’ du radicalisme religieux :  DAR AL-ISLAM).

Qu’y faire ? ‘Bouclier de carton’ ou ‘arme de guerre’ ? Pour l’instant en France c’est l’affaire exclusive de l’état d’urgence.

Mais ensuite, nous aurons le droit citoyen et intellectuel de juger nos politiques selon l’état de la paix et de la liberté en Europe, dans le Proche Orient, en Afrique… Et de savoir s’ils ont été à la hauteur et irréprochables ; pensons aux mensonges d’un George Bush, d’un Tony  Blair (ou de leurs équipes) !

En la circonstance, il convient de « donner du temps au temps ». Mais tout de même, c’est à y faner sa fraicheur d’enfant, son devoir amoureux de la vie.

Car, en cette année 2015, il est inutile de demander à St Nicolas, ou au Père fouettard, comme cadeau : le droit de revoir nos pères-Noël sans le vert des gilets-par-balles ou des treillis militaires !…

Question pour le BAC philo : – la ‘trinité républicaine’ : Liberté, Egalité, Fraternité  est-elle un cadeau utopique ou une conquête ?

Nous sommes à la veille des cérémonies aux victimes des attentats de Paris. Autre question :

– N’a-t-on plus besoin d’hommage national, de manifestations… autres que virtuelles, devant nos écrans de Télé ?

Certes, l’affichage à nos fenêtres des trois couleurs françaises pour apaiser les consciences (le drapeau est protégé par l’article 2 de la Constitution française de 1958 : « L'emblème national est le drapeau tricolore, bleu, blanc, rouge à trois bandes verticales d'égales dimensions ») est acquiescé ;  revendiqué même comme nécessaire par François Hollande !

Mais d’une part aux Invalides, pourquoi exclure la moindre ornementation florale, expression vitale pouvant évoquer un lien avec les enjeux de la COP21 ?

Et, d’autre part, amidonner le drapeau présidentiel (inégalitaire de proportion pour l’usage Télé !), telle une abstraction d’ordre minéral… sans possibilité de vie ou de spontanéité aérienne…

Car, que l’on se le dise en haut lieu, de même que le bec de la Colombe a besoin d’un rameau d’olivier vivant, l’être psychique aspire à des gestes forts – authentiques et naturels – de symbolisation ;  c’est-à-dire, d’emblèmes humains de beauté fraternelle

Ici qu’il me soit encore permis de partager quatre citations sur un combat où la vie sera toujours plus forte que la mort… (cf. liens ci-dessous) :

– « Les terroristes choisissent des cibles pour qu’on parle d’eux et pour occuper le devant de la scène.

Je me demande si les émissions spéciales de la radio et de la télé ne leur apportent pas une satisfaction et une victoire bien plus grandes que le nombre des victimes de leurs méfaits. »

André Gounelle  – blog du 16-nov. 2015,  in Evangile & Liberté

– « Moi, je ne veux pas que l’on accorde à Daech la dignité d’une armée et lui donner l’estime, la considération que mérite un soldat. (…) Ils commettent des actes de terreur de masse. (…) Toute agression nous pose la question de Qui nous sommes ? »

Régis Debray, France-Culture, le 17 nov.2015,  in Répliques (9’40 à 10’14)

– « Quand la haine a déjà enflammé l’esprit de quelqu’un, la compassion consiste à adopter face à lui l’attitude du médecin envers un fou furieux. Il faut d’abord l’empêcher de nuire. Mais, comme le médecin qui s’attaque au mal qui ronge l’esprit du fou sans prendre un gourdin et réduire son cerveau en bouillie, il faut aussi envisager tous les moyens possibles pour résoudre le problème sans tomber soi-même dans la violence et la haine. Si la haine répond à la haine, le problème n’aura jamais de fin. Le moment est venu d’appliquer le baume de la compassion sur nos blessures et nos peines et sur la folie du monde.

Matthieu Ricard,  Moine bouddhiste - blog du 18 nov. 2015

– « Comment survivre dans un monde qui ne veut plus de vous, dans une société où nous n’avons plus notre place ? (…)

 « Je forme l’hypothèse que Jésus intervient pour essayer d’enrayer un processus de radicalisation, par trois actions qui pourraient bien nous inspirer : lever les malentendus, analyser le réel, valoriser les pulsions de vie. (…)

« La déradicalisation ne passe pas par la mise en cage des menaces. Cela, ce serait de l’immobilisation. La déradicalisation passe par une réponse à la soif de vivre. Elle passe par des propositions plus intéressantes en termes d’idéal. Elle refuse de se contenter d’eau plate, autrement dit morte.

La déradicalisation passe par la résurrection du désir de vivre et d’être soi-même source de vie pour les autres, d’être soi-même source d’eau vivifiante, d’être soi-même transmetteur de pulsions de vie ; ces pulsions de vie qui ne connaissent ni frontière, ni religion. »

J. Woody, pasteur à l’Oratoire - Evangile de Jean  4 : 3-26 ; 22 nov. 2015

– Racinaire  B04_06 –   à Halima Saadi ;  aux 130 morts du vendredi 13 nov. 2015 ;  et aux innombrables victimes !…

Etienne Trouvers, artiste visuel

3 lanceurs d’alerte… tagués !

Anything to say ?  – œuvre de Davide Dormino

Projet de ‘mobilisation citoyenne’ : Anything to say ?  – œuvre de Davide Dormino pour la liberté d’information et de conscience. Après Berlin, Dresde et Genève… sculpture photographiée à Paris, le 24 septembre 2015, au soir, sur l’esplanade du Centre national d’art et de culture Georges Pompidou.

Cette sculpture a été exposée (du 23 au 26 septembre) moins d’une petite semaine ! Avant d’autres lieux culturels ou places publiques de par le monde.

– Sa prochaine destination en France :  Strasbourg… et, au mieux, place Kléber (du 16 au 21 novembre) ?  Or la question se pose encore ;  ce avant son retour sur la place des Nations, à Genève ?  – Pourquoi ?  En voici, pour moi, quelques raisons :

Bien plus qu’une pièce abstraite d’art minimal, cette représentation figurative (à échelle 1) est un témoignage. Il faut y voir une forme d’hommage mondialisé aux lanceurs d’alerte : Edward Snowden, Julian Assange et Bradley Manning.

C’est l’emblème de trois êtres réunis, debout dans leur acte de résistance citoyenne : « se mettre en danger pour défendre les droits de tous à une information libre » ; ou principe humain d’une existence en conscience !…

– Sculpture de D. Dormino, soutenue par REPORTERS SANS FRONTIERES.

Edward SNOWDEN :  « Je ne veux pas vivre dans un monde dans lequel tout ce que je dis et fais est enregistré » 

En fait, au regard de ce type d’addiction à tout va, c’est ‘ondes et micro-ondes’ ! Comment ne pas être inquiet et d’accord ?…

– Bonne gens, voici le monde terriblement séduisant des interactions numériques maniaques ;  et leurs conséquences y sont merveilleusement faciles ! D’où bien des inédits possibles :

-l’enregistrement au quotidien de chacun par chacun ;

-un moment clé pour l’espionnage collectif et individuel (car même les gouvernants et les puissants n’en sont pas indemnes !) ;

-un principe de vie formatée au nom de notre sauvegarde, de notre sécurité…

Dès lors, toute prise de conscience authentique, ou expression solidaire de la liberté, nettement vécue jusqu’à une prise de risque citoyenne – parfois héroïque – ne méritent-elles pas le respect ?

Lors de l’inauguration publique de cette sculpture à Paris, en présence de : Catherine Deneuve, Christophe Deloire, secrétaire général de RSF, Stéphanie Gibaud, lanceuse d’alerte dans l’affaire UBS, Luc Hermann, journaliste d’investigation… je relève l’expression ‘manifeste’ reprise sur Franceinfo, le mercredi 23 septembre 2015 :

Se lever, pour ne pas tomber
Grimper, et dire, pour ne pas s'agenouiller

Dire, à voix haute.
 Dénoncer l'indicible
– Oui, c'est possible !

Le tout est d'y arriver…

Voyons plus large. Nous pourrions aussi penser aux êtres ‘calmes’ dans la nature. Par exemple, à ces végétaux fantastiques en montagne, comme enracinés par leur seule verticalité, presque sans terre, mais debout… – parfois dans des trous sans fin, par pure résistance essentielle ! J’en veux pour preuve aussi quelques monuments du génie humain, depuis les fondements ‘énoncés’ d’un Homme marchant par une Parole d’amour (sur le lac de Tibériade) ;  principe de mise en danger nécessaire…

Dans le domaine de l’art : -la coupole du Duomo de Santa Maria del Fiore de Florence (1420-36) par Filippo Brunelleschi, dite ‘impossible d’y arriver…’ -Et de même, avec Le David (1501-04) de Michel-Ange Buonarroti,  -avec Le Milon de Cortone (1671-83), ou le malheureux Alexandre et Diogène (1671-89) de Pierre Puget,  -avec Le Balzac (1891-97) d’Auguste Rodin, pour n’évoquer que le travail exemplaire de sculpteurs audacieux ?

Concrètement, ce sont des Œuvres figuratives infaisables, inouïes !… mais finalement victorieuses.

Plus près de nous (au dernier quart du XXe siècle), dans un contexte assurément moins favorable… ne doit-on pas citer la volonté de chef-d’œuvre pour le peuple de nos Villes :  -de Raymond Mason, -Jean Tinguely, voire aussi d’Ousmane Sow (Paris, au Pont des Arts, en 1999) ?

Sans remonter plus avant aux philosophes ou penseurs qui ont su faire bouger l’ordre éthique et les lois en société, voici que… les craintes humaines ricochent :

Voltaire, Rousseau, Hugo, Zola, Valérie, Camus, Sartre (et bien d’autres !), pour en arriver à devoir réaffirmer aujourd’hui : -le respect fondamental de la sphère privée ; -une information cadrant dignement avec notre vie contemporaine ; -une transparence démocratique nécessaire dans la vie démocratique, « réalités que des institutions publiques ou privées s’emploient à cacher ou à minimiser ».

D’où… à l’inauguration du 24 septembre 2015, un texte lu d’Irène Frachon, lanceuse d’alerte dans l’affaire du Mediator.

– A preuve que tout est encore ‘sauf facile’ :

Edward Snowden

Edward Snowden, né en 1983 : informaticien américain réfugié en Russie. Son tort est d’avoir communiqué à la presse de nombreux documents montrant l’ampleur de la surveillance mondiale exercée par la NSA (National Security Agency).

Julian Assange

Julian Assange, né en 1971 : cofondateur du site WikiLeaks, est confiné dans l'ambassade d'Equateur à Londres. Il est le rédacteur en chef et porte parole du site web lanceur d’alerte fondé en 2006 qui a publié de nombreux documents militaires, diplomatiques et économiques internationaux.  

Chelsea Manning

Chelsea Manning, né en 1987 :  soldat condamné aux Etats-Unis à 35 ans de prison pour avoir « livré des secrets d'Etat ». Affecté en 2009 à une unité de renseignement en Irak, c’est lui qui a fourni, en 2010, à WikiLeaks les documents auxquels il avait accès.

Ici absent, mais évoqué… Charles Glass, né en 1951,  journaliste anglo-américain spécialiste du Moyen-Orien ; il a été kidnappé en 1987 au Liban pendant 62 jours et a révélé, en 1988, l’emploi d’armes chimiques par Saddam Hussein. En 2011, il a publié la traduction anglaise d’Indignez-vous de Stéphane Hessel.

Anything to say ?

– Anything to say ? – Sculpture de rue, présentée de profil sur une esplanade et sur une voie de l’espace public parisien à fort passage…

Une sculpture d’art contemporain dont les médias ont finalement fort peu parlé !

« Les passants sont invités à monter sur la quatrième chaise, geste qui symbolise à la fois une prise de parole individuelle et la défense des droits universels. » 

L’implication collective ou individuelle est l’une des premières questions posées aux sculpteurs pour toute œuvre à inscrire dans le domaine public.

Par exemple, pour Les Bourgeois de Calais (sculpture inaugurée en 1895), Auguste Rodin aurait bien aimé réaliser ce type d’installation ‘révolutionnaire…’ – Il s’agissait alors de faire interagir, un par un, chaque personnage de bronze avec les passants sur la place d’une Ville…

A l’époque, le concept d’appropriation collective lui a été refusé. Les édiles et les bourgeois ne l’auraient pas compris. Et la sculpture des Bourgeois de Calais fut disposée en composition d’ensemble (comme au jardin du musée Rodin à Paris). Mais, quoiqu’il en soit, Auguste Rodin n’aurait pas solutionné un fait sculptural ainsi… par une forme ‘hyper réaliste’ : -des têtes grandeurs nature, -des corps ‘au garde-à-vous’ perchés sur des chaises d’écolier, -et surtout… sans socle ! 

Il convient de souligner que Davide Dormino, ou les organisateurs partenaires, ont fait le choix de présenter une sculpture de bronze ainsi que le panneau d’indication voisin ; c’est-à-dire, sans estrade, sans tribune ou podium, donc sans soclage...

A propos de cette œuvre d’art contemporain, la belle idée de départ était d’organiser des événements solidaires de convergence pour chacun, afin de permettre une participation concrète. Avec des moments annoncés de rendez-vous où les citoyens arrivent à la sculpture pourvu d’une chaise personnelle, pour des ‘manifestations silencieuses’ et des prises de vue à publier sur les réseaux sociaux.

Il est dit aussi, par ailleurs : « une quatrième chaise a été volontairement laissée vide pour que chacun puisse s'exprimer ». C’est moi qui le souligne.

Autant d’engagements offerts à l’appropriation collective pour les hommes de bonne volonté… permettant de mieux faire sortir de la marginalité les prises de risque de héros modernes. – Sorte de culte à des icônes contemporaines, peut-être ? Mais par ce type de sollicitations ne devenons-nous pas ainsi les organisateurs, acteurs, voire complices de quelques périlleux paradoxes ?

Et, dès le deuxième jour, dans ces conditions d’exposition et de sollicitation, voici ce qui n’a pas manqué, hélas :

Sur des sculptures noires – bronzes de qualité patinés à l’italienne – ceci va de soi… no comment !  Car si l’on en juge selon les considérations de métier, il y a fort à parier que le nettoyage de ce vandalisme…  altèrera l’intégrité originelle de cette œuvre d’art. Il faudra prendre le temps de sabler, puis, de bien repatiner !

3 lanceurs d’alerte… tagués  =  exposition coulée ?!

Premier TAG !!! (d’appropriation), ou graph ??? (à succession), sans doute avec quelque réplique crétine !… Suivi de nouvelles répliques (inopportunes) à la réplique précédente ? Car d’évidence, dans un lieu si ‘vivant’ de la capitale, c’est le type de logique de violence urbaine qui peut se mettre en place.

Résultat minimum : une casse du calendrier d’exposition présent ou à venir. De fait, l’exhibition de la sculpture a duré moins d’une petite semaine à Paris ;  je l’ai relevé et déploré plus haut.

– Ah, si l’on en parle, a-t-on dû se dire chez REPORTERS SANS FRONTIERES ; non seulement la piste est ouverte à d’autres vandalismes de cette icône actuelle (si l’on prolonge l’exposition),  mais aussi, c’est le cocasse qui va s’installer…

– Faisons le dos rond  !... au risque d’une certaine remise en question de la forme d’Anything to say, dont on a rien ‘à dire !?

Or ceci est paradoxalement inconsistant – voire, au antipode du traitement médiatique des ‘vandalismes’ à répétition ou faits divers du nationalisme versaillais… sur le Tapis vert du Château (avec le dit « Vagin de la reine » cf. précédent billet).

Autre remarque générale, se peut-il aussi que cette sculpture d’airain à Edward Snowden, Julian Assange, et Chelsea Manning ressemble aux mimes de nos rues, à s’y m’éprendre… Concept de figuration stable, telles de vraies sculptures, mais qui sollicite l’obole des passants ?

Un Yogi faisant la chandelle… je ne sais combien de temps en état de ‘pleine conscience’ dans l’indifférence quasi générale, parmi les jeux divers ! Prises de vue entre la sculpture aux ‘3 lanceurs d’alerte’  Anything to say ? et les sculptures cinétiques de Niki de Saint-Phalle et Jean Tinguely, Fontaine de la place Stravinsky à Beaubourg.

Assurément, tout se vaut sur cette place : -un fait central de société… et son articulation plus ou moins marginale ; -l’importance suprême de l’être, quelque attraction respectable de cirque… et son image captée dans le bourdonnement ordinaire ;  -la part d’émerveillement, d’excellence artistique qui inspire le respect… et le buzz machinal qui nous unit en tout. Car c’est un lieu d’expression citadine, de liberté !

‘Au fond qu’importe !’ ont pu se dire les autorités de l’ordre public à la Ville de Paris. –‘Nous vous donnons l’autorisation de placement sur l’esplanade, mais décalé sur une voie de passage au côté du Centre Pompidou. Libre à vous de fonder un événement de résistance citoyenne (à ces demandeurs d’asile) !’,  car ici, tout se côtoie :

-la Liberté d’expression nécessaire ;  -la Culture et la communication de la dignité humaine ;  -ses valeurs morales et même, peut-être… -la raison d’Etat !

Reste à savoir si la sculpture de D. Dormino, n’aurait pas mieux témoigné culturellement d’une France accueillante, sans vandalisme si elle avait été mieux ‘soclée’ pour les événements citoyens, placée sur fond de résistance. Par exemple, symboliquement, à l’entrée de la rue Soufflot (escamotant par une estrade à gravir… la fontaine du carrefour) ?  Car il y a peu,  rappelez-vous : – « Aujourd’hui, la France a rendez-vous avec le meilleur d’elle-même !  Ils étaient quatre (…) » !  François Hollande (le 27 mai 2015) cf. bilet Résistance, j'écris ton nom.

Raison d’Etat ou pas, on honorait  « quatre Résistants…  » dans la lumière de la Sorbonne et du Panthéon…  bien à l’image d’engagements universels :

Enjeux contemporains à Versailles

Culture !… Et vous dites projet de loi :  Liberté de création, architecture, et patrimoine  comme si la liberté citoyenne était périlleuse en France pour les esprits les plus libres qui soient… les artistes. Nécessité politique « dans la France de l’après-Charlie » paraît-il ?

Mais attention, en fait, c’est peut-être aussi refonder, par une nouvelle loi française « simplifiée », le domaine par nature complexe de la visibilité… Puisque, en d’autres termes, les critères de la ‘covisibilité’ seraient maintenant à dépasser en architecture et en patrimoine… – car couverts par un concept générique du classement UNESCO !

– Quid du sens critique citoyen ? Des associations de protection patrimoniale de quartier ? Et des savoirs vécus, expérimentés, rompus à l’empirisme des métiers s’occupant finement d’esthétique, d’harmonie, de symbiose, d’unité dans la diversité selon une optique née des arts-visuels du Beau… car ils mèneraient à de longs recours (inutiles) devant les tribunaux !

– L’idée est assurément merveilleuse pour les cabinets d’urbanisme libéral à fort rendement économique : « Les projets créatifs et porteurs de solutions architecturales innovantes en appui des politiques du logement ou de la transition écologique bénéficieront d’une souplesse par rapport aux règles d’urbanisme ».

– Sans procès d’intention, reste à bien voir, si... !

Exemple de conflit  – prémonitoire ? –  ou de questions vives d’actualité… c’est par honnêteté intellectuelle que je suis allé in situ voir au Parc du château de Versailles, ce qu’il en est du fameux événement contemporain présent.

Plus séduisant que ça, c’était impossible et inédit en tel lieu !... N’est-ce alors « qu’une sournoise et lucrative opération de spéculation financière » ? Voire un exemple particulièrement intéressant de conflit ‘ironique’ sur fond caricatural de ‘covisibilité’ patrimoniale ?

En l’occurrence, c’est l’histoire d’un copieux ‘tag traditionaliste’ (au pinceau blanc). D’un genre connu pour enlaidir, par exemple, les voies touristiques d’autoroute… Autrefois, d’ailleurs, les autorités citadines n’ornaient-elles pas les ‘vides’ à coup de pochoirs officiels, conçus pour leurs espaces muraux patrimoniaux ? Or, chère Madame la Ministre, les « DEFENSE D’AFFICHER, SOUS PEINE D’AMMENDE » de l’ordre public n’ont jamais empêché la nécessité au devoir libertaire d’y ajouter une artistique (mais gratuite) formule : « IL EST INTERDIT D’INTERDIR !! ».

Et, à la vérité, comment ne pas être séduit par certaines des pièces d’Anish Kapoor ?  Tout particulièrement bien conçus, ces immenses miroirs réalisés par un mécénat industriel pour des « selfies à dix millions » ;  mais aussi quelle réalisation techniquement parfaite pour l’aliénation enthousiaste de la consommation touristique – alors qu’aucune goutte de pluie ne s’y fixe…

Assurément, sur Dirty Corner, pièce qui a déjà été exposée à Milan (en 2011) et renommée en périphrase, le « vagin de la reine qui prend le pouvoir »  depuis le papier du JDD (le 30 mai 2015), que de reprises et conférences de presse pour que suintent quelques folies révélatrices d’un intégrisme apocalyptique. Au fond, peut-être ici une violence contemporaine (où chacun s’y retrouve !…) ?  C’est une chose et son contraire,  des affirmations initialement diverses de provocateurs, opposés ou bizarres ;  elles sont ainsi fortes pour l’imaginaire, pleines de contradictions, circonstanciées – et assurément caricaturées sommairement « à se demander sur quelle planète on vit »(sic). Mais, comme naturellement :  pour faire peur, faire causer, faire polémiquer – ou faire rejuger !... « C’est une provocation », dit Kapoor (initialement au JDD, en mai). Et les responsables politiques et les officiels de légitimer alors une sécurité à tout va (avec gardiens, médiation pédagogique, militaires de jour et maître-chien de nuit...). Des actes violents (dégradants, complexes ou infamants !).  Mais qui, au moins, peinturlurent !… Somme toute, de la feuille d’or mode pour tout le monde ; c'est-à-dire, un dispositif émotionnel réactif pour chambres d’écho. Idéal, n’est-ce pas ?

– Ah, si la part secrète des ‘installations’ à… Versailles m’était contée !

– D’abord, ‘petite histoire’ sans autres paroles qu’un reportage visuel :

un diaporama de 21 images (en date du 15 sept. 2015), à découvrir en cliquant sur le visuel ci-dessus

– Ensuite, cela étant, s’agit-il ici « d’enterrement de la Culture ; de la Culture en France », si l’on en croit A. Kapoor (5 :01) sur France-Culture ?

Mais force serait plutôt d’apprécier aussi les propos d’André Comte-Sponville (6 :33) :  « Pour ce qui est de graffiti antisémites, c’est évidemment ignoble, condamnable, cela va de soit !... J’avoue que l’œuvre, pour ce que j’en ai vu, m’a laissé un peu perplexe ;  ça ne m’a pas paru un sommet de l’Art. Je crois que le nom (sobriquet) de l’œuvre, sauf erreur, c’est le ‘vagin de la reine’ ?  Pourquoi pas la ‘Bite du roi’ bientôt ?  Je crois qu’(une part) de l’art contemporain a tendance à s’enfermer dans le dérisoire. Alors… ce n’est pas une raison pour saccager une œuvre qui fait partie de l’espace public ! – Mais que l’on ne me demande pas de prendre au sérieux des œuvres qui me paraissent faites plutôt pour la provocation que pour l’émotion… Moi, au fond, je pense que l’Art, dans ses sommets, est une chose tout à fait essentielle, et que la dérision est plutôt un contresens. » - L’invité des matins - reçu par Guillaume Emer, le 11 septembre 2015.

– Alors, provocation « selon l’expérience des limites » d’un authentique martyr, paraît-il mal payé, mal gardé par la France ? Cet acte de vandalisme et la nature des inscriptions ont suscité de vives réactions politiques :

Le président François Hollande « dénonce fermement » la dégradation de l'œuvre qui a été  « couverte d'inscriptions haineuses et antisémites », a indiqué l'Elysée dans un communiqué. Le Premier ministre Manuel Valls a réagi via Twitter: « Ecœurement devant cette alliance de l'infâme et de la réaction. Les dégradations antisémites sur l'œuvre de Kapoor seront punies sévèrement », a-t-il promis. La ministre de la Culture Fleur Pellerin s'est rendue sur place pour constater les dégâts. « Ce n'est ni plus ni moins qu'un acte qui laisse transparaître une vision fasciste de la culture », a-t-elle déclaré.

Mais tout de même, voici encore le vieux principe duchampien du maximum d’effet médiatique possible avec un minimum de vécu artisanal du Beau ; un enjeu fort, bien concouru, de la thermodynamique moderne par le plasticien qui se taille, ici, une sacrée pièce de théâtre !

Or, alors que les esprits les plus lucides de notre temps relèvent que nous sommes ‘en crise profonde de la modernité’, il faudra bien réaliser un jour que ce type d’installations contemporaines tient, souvent, du ridicule au domaine de l’Art, voire peut-être d’un tout autre non-sens esthétique :  d’où l'aveuglement à coup d’installations ‘nécessaires’ pour, en des lieux de références, désensibiliser ou crétiniser certaines résistances humaines  ?

« En détruisant le passé, impossible de comprendre le présent. Il ne faut pas fuir ses responsabilités » (sic). Aux pieds même d’une des fameuses copies de la Vénus pudique, type Vénus Médicis, d’ailleurs d’une blancheur livide assez suspecte au jardin… Malgré le vrombissement des engins de gardiennage, convoqués pour l’artiste plasticien invité, regardez un peu !  C’est le bonheur vrai et spontané au cœur d’un des répertoires de formes sculptées de la Beauté :
 

Allée du Tapis vert à Versailles (avant le ‘tourbillon’ d’Anish Kapoor), un enfant dessinant ici son ombre d’existence…  – Ah, nécessité d’un doigt précis sur le sable !

Esthétique + panthéonisation

(suite I)

3) Après la panthéonisation regard sur un aspect esthétique possible

Sans remonter jusqu’aux déclanchements des sensations élevées du beau…  ni aux origines premières des liens entre puissance politique et pouvoir esthétique, quelles illustrations pouvons-nous encore présenter ?

Dans l’article intitulé « Considération sur le drapeau », je relevais qu’André Malraux (ministre d’Etat chargé des Affaires Culturelles entré au Panthéon) avait, comme référence optique et considération pour l’esthétique adéquate, La Liberté guidant le peuple d’Eugène Delacroix. Barricade poignante où l’âme française vit, résiste et se hisse… – vision romantique jusque dans ses ‘colorants sourds’ portés-vers-le-haut !

Généalogie inscrite dans la pensée du réel pour apprendre : « à nous défier des réponses toutes faites, de l’esprit de système qui dénie aux individus leur part d’influence sur leur histoire (…)».  Conscience libre, vitale, et donc essentielle, éléments bien soulignés par Jacques Chirac, lors de la panthéonisation de Malraux (le 23 novembre 1996).

– Or, n’est-ce pas aussi une des explications possibles de la Résistance française, et des quatre figures de jeunesse éternelle qui ont rejoint Jean Moulin, à l’occasion de la journée du 27 mai 2015 ?

A ces rappels connus de tous, osons aussi les juxtapositions suivantes :

La Liberté guidant le peuple (musée du Louvre), peinture d’une perception visionnaire et dorée  – au drapeau français bleu plombé !  Tableau largement couru par le peuple des musées… Et pour Delacroix, La Liberté est une vision pyramidale dynamique, humaine, d’un climat épique sur fond de fumée, de poudre ou de soufre ! 

En haut : Tableau d’Eugène Delacroix (1830-31), intelligence contemporaine du sculpteur David D’Angers pour le fronton du Panthéon – deux génies créatifs dévoués en l’occurrence à leur Patrie !  C’est sur un drame profond et valeureux que vont se jouer les chances de la France combattante… (cf. La Marseillaise). Vertus tricolores égalitaires et opposées en chromie ; et peinture comportant, de fait, une figure non visible de tous les combattants dans l’action en cours… alors que La Marianne/La Liberté devient  – avec le recul formel du pictural –  composition énergique figurative issue du drame et des destinées.  En bas : Photographie officielle introduisant la vidéo du discours de François Hollande. Image d’un moment rapproché sur l’un des quatre cercueils et drapeaux ; du Président de la République française en buste ; et symétriquement, évocation d’un commandement militaire de sécurité…

Par comparaison, l’ordre actuel des valeurs esthétiques et culturelles du monde paraît avoir été modifié. Toutefois ce cliché ne met-il pas mal à l’aise ? Car, pris dans le rapproché, nous y vivons selon une disposition optique du ressenti ; au sein d’un sensitif télévisuel qui n’a plus guère à voir avec l’aspect esthétique vécu des puissants spectacles funèbres de transfert des cendres des grands hommes par la Nation. (cf. lien discours d’André Malraux)

Une présidence normale, dit-on à l’Elysée. Donc surtout plus de grandiose comme le discours fameux à Jean Moulin (le 19 déc. 1964), le Général, indéfectible, debout, et son ministre des Affaires Culturelles, comme un marin dans la tempête !… ou du genre sacre laïc d’une scientifique, à la François Mitterrand (le 20 mai 1995), pour Pierre et Marie Curie ;  etc.

Et le normal qu’est-ce en l’occurrence ? Peut-être du bien être ensoleillé virtuel, genre : « Des choses qui ont de belles couleurs… on dit volontiers qu’elles sont belles  » ?

Mais qu’en est-il si l’on prend en compte la part de l’effort qualitatif de la vie sublimant les choses normales ?

Ne pourrait-on, encore aujourd’hui, faire un rêve ‘normal’ à propos des propriétés esthétiques du Panthéon ?  C’est-à-dire ?  Voyons :

En haut :  Panthéon lors de la journée du 27 mai 2015. Ces mille visages d’anonymes sont peut-être vus comme l'expression d'une gratitude non solennelle, non emphatique, non monumentale, de la nation envers ses Illustres ; mais…   Au milieu :  Une idée élémentaire pour refonder certaines valeurs de la République alors que la France – ses couleurs, son drapeau, son monument – peut avoir quelque fierté de quatre Résistants de première grandeur !   En bas : Une des formules possibles, satisfaisantes du point de vue de la correction bourgeoise, traditionaliste, et nationale… En la circonstance, c’est l’occasion de dépasser l'intermède vulgaire ou ordinaire de l’installation Art contemporain ;  solution peut-être esthétiquement sans risque, car respectueuse d’un retour traditionnel à l’identité,  bien que de grandeur architecturale dilatée par le vaste trompe l’œil ;  mais on se donne aussi les moyens de retirer la grue qui ne semble pas chose bien réjouissante.

Admettons que ces propositions puissent faire sourire.  Mais remarquons que, lors des présentations dans les médias, les images publiées étaient, soit, quelque état antécédent de l’ensemble du Panthéon ;  soit une optique hors travaux en cours !  Quant aux prises de vue durant la cérémonie nationale, elles évitaient assurément la partie supérieure de l’édifice. Pourquoi ?

Se peut-il que les journalistes politiques ou les photographes accrédités couvrant l’aspect optique  – non spécialisés en esthétique –  aient d’instinct évité le hiatus de la contreperformance ?

D’où mes quelques propositions visuelles complémentaires : ce qu’aurait pu être, en ce beau jour mémorable, le haut lieu de nos Illustres. Modestement, elles visent à poser en rêve quelques interrogations d’ordre esthétique ou critique… nécessaires : – de la résistance !  – ou peut-être une forme de liberté de conscience, mais autrement objective ?

– Jamais assez de frais pour le prestige, le respect et la grandeur de la France !

Proposition plus festive – en proportions harmoniques – d’un aménagement en l’état du lieu de mémoire, à l’échelle des têtes ; la grue en hampe portant peut-être l’équivalent du drapeau d’effet grandiose de l’Arc-de-Triomphe ? Ici, possiblement couplé d’un drapeau européen empesé et suffisamment grand pour tenir la comparaison ! Ce réalisme circonstancier, ou ‘normal’ dans l’imaginaire… pouvant être calculé (dans la grande tradition des polytechniciens), sur la base d’une grue culminant à 96 mètres, supportant un poids utile de levée de 4 tonnes.

à suivre

Esthétique + panthéonisation

Sans remonter aux coupoles de Florence ou de Rome, les origines du concept architectural du Panthéon de Paris sont essentiellement à percevoir comme réplique française au modèle de l’église Saint-Paul de Londres.

C’est l’idée qu’un cylindre, constitué de colonnes, va pouvoir porter l’élan vertical du mont d’une Cité – la montagne Sainte-Geneviève de Paris – vers le haut.  Et jusque dans la sphère d’une coupole ; puis en lanterneau devenant enfin pointe, et croix, à 83 mètres.

C’est aussi, en d’autres termes   I==(=)–+

Au Panthéon, avec l’architecture de Jacques-Germain Soufflot (1713-1780), combien y a-t-il de liens porteurs ?

D’abord, la première pierre est posée en 1764, par Louis XV : une vaste église classique selon une esthétique à l’antique. Puis, après travaux et reprises… arrive une décision d’affectation en « Temple républicain » (le 4 avril 1791) ; choix de l’Assemblée constituante pour honorer l’outre-tombe des plus glorieux Pères de France.

Ainsi passe-t-on, en République, de l’horizontalité générale de l’escalier – notre lot commun – à son vaste contraire : tendu et sublimé en dôme (au Panthéon, il y a trois coupoles, 3 valeurs de maintiens et de courbures, habillement unifiées), pour un fait avéré d’architecture ; une possibilité de verticalité épurée  – en lanterne haute sur la Cité !...

Esthétiquement, symboliquement, architecturalement calculée, sur la ‘montagne la plus intelligente du monde’ ce sont aussi comme les forces conjuguées des 12 premières colonnes cannelées du péristyle – sous fronton – qui sont traits d’union entre terre et ciel, support d’ordre plastique fondamental à la trentaine de piliers du tambour aérien, aux belles proportions d’un dôme à la française !

1)  Regard sur l’esthétique de l’architecture du Panthéon

En haut : la Cathédrale Saint-Paul de Londres après la bataille d’Angleterre. Au cœur d’un quartier totalement ravagé par les bombardements les plus modernes de la seconde guerre mondiale, le monumental bâtiment à l’antique a résisté  – tout un emblème !  Au centre : vision d’une des toutes premières cartes postales parisiennes du Panthéon, colorisée ! Tout paraît simple. Une architecture symétrique ‘en poussée’,  dialoguant avec l’église voisine de Saint-Etienne-du-Mont.  Un choix, le Panthéon est sobrement épuré entre 1791 et 1793. Il est modifié par Quatremère de Quincy (peut-être dans la pensée de la colonnade à l’antique de Claude Perrault au Louvre ?) pour mieux fonder sans doute le mystère d’une vaste crypte dédiée aux grands hommes de la patrie.  En bas : racines françaises ou à l’antique aux Etats-Unis d’Amérique, mais avec quelle ampleur !… Le Capitole, à Washington DC.

2)  Regard sur l’esthétique du Panthéon en restauration

Avec la nécessité d’un formidable chantier de restauration entre 2013 et 2022, le bâtiment prend des allures magnifiques de fusée Saturne V (sur son terre-plein d’envol), en plein Paris. Avec ses fameux emballages et spectacles artistiques de monuments masqués, Christo n’aurait guère fait mieux que cette formule abstraite d’ornementation.

« Lieu sacré de la République, le Panthéon est une nécropole. Les tombes ne peuvent servir de support à un message publicitaire. Le besoin de ressources propres ne justifie pas que l’on fasse n’importe quoi. On ne peut pas dire que le Panthéon est emblématique des valeurs de la République et y mettre le logo d’une marque », Philippe Bélaval, président du Centre des monuments nationaux (le 25 février 2014), cf. lien fr.wikipedia.

Seulement voilà, l’ornementation contemporaine à Paris étant laissée, faute de Pub, au street-art, le goût culturel et démagogique du moment pouvait-il installer plus flatteur pour une réclame du quant à soi au Panthéon ?

Les photos « de milliers de portraits d'anonymes » pour couronner le monument…

Souffrons, mais prenons ici un peu de recul. Et voyons, par exemple, dans quel esprit David d’Angers avait su concevoir un fronton grandiose : assurément des visages fameux en référence aux valeurs universelles et humanistes incarnées au Panthéon, mais aussi et surtout des idéaux : figures mythologiques et emblèmes de valeurs suprêmes !  Cette sculpture est ainsi l’équivalent épique d’un discours exposé aux yeux de tous :

« Le gouvernement confie à David d'Angers la création du fronton sculpté de ce Panthéon en 1830. La réalisation du fronton est pour le sculpteur une nouvelle occasion d’exprimer son admiration et son soutien à ceux qui défendent la liberté. Mais son choix de représenter des personnages de l’opposition, voire des révolutionnaires, est controversé. Le fronton n’est dévoilé qu’en 1837, sans inauguration. » (cf. musée David d’Angers, en lien).

Au-dessus de tout et de tous : la République !  Le haut-relief représente une allégorie de la France. Au centre, la Patrie, vêtue à l’antique et coiffée d’un bonnet phrygien (symbole d’identité et de libération), tend des couronnes de laurier aux hommes glorieux et célèbres de l’histoire de France.

À sa droite : la Liberté introduit les écrivains et les artistes, les hommes politiques et les scientifiques. On reconnaît les philosophes Voltaire et Rousseau, le général La Fayette et le peintre Jacques-Louis David.

À sa gauche : l’Histoire, représentée en femme ailée, inscrit les noms des grands hommes sur ses tablettes. Vers elle avancent résolument les militaires pour défendre la Patrie, ici guidés par le jeune général Bonaparte.

David d’Angers s’affranchit avec maîtrise et habileté des contraintes matérielles de la forme triangulaire du fronton en pierre avec une composition iconographique vivante des plus astucieuse :

Aux extrémités de la composition, les figures plus petites étayées par les écritures en contre bas, sont, en haut : des Polytechniciens, intelligences dévouées à la Patrie ;  et, à gauche, en bas : des collégiens courbés sur leurs études.

– AUX GRANDS HOMMES   LA PATRIE RECONNAISSANTE –

– « Ecoute aujourd’hui jeunesse de France, ce qui fut pour nous le chant du malheur. C’est la marche funèbre des cendres que voici…

A côté de Carnot avec les soldats de l’An II, de celle de Victor Hugo avec les Misérables, de celle de Jaurès veillée par la Justice !... Qu’elles reposent avec leur long cortège d’ombres défigurées.

– Aujourd’hui jeunesse, puisses-tu penser à cet homme, comme tu aurais approché tes mains de sa pauvre face informe… du devenir – jour de ses lèvres qui n’avaient pas parlé !  Ce jour là, il était le visage de la France ! »  André Malraux, transfert des cendres de Jean Moulin, le 19 déc. 1964.

‘ Lieu sacré de la République, le Panthéon est une nécropole’. Or c’est magnifique aujourd’hui !  Par la force de l’agrandissement numérique du photomaton, et ainsi qu’à la télé, l’on peut devenir bien plus que le public des vedettes TV ; tous modèles et photographes : les visages ‘des sans-nom’ deviennent – Star d’un jour…  au profit de l’un des non-sens monumental dans et sur le Panthéon !  Mais attention, la sur-individuation – très nécessaire à la société de consommation –  est à la manœuvre :

L’échafaudage et la grue à la veille des cérémonies du 28 mai ! Cette photo manifeste que grâce au street-art numérique d’un petit malin à chapeau, lunettes et initiales « anonymes », la colonnade de Soufflot est encore ‘sur-vêtue’ de milliers de jeunes visages ; or, pour ce moment d’intensité particulière, d’évidence ils paraissent fanés par la pollution !  Le ridicule ne tue plus en ce jour auguste… Mais dites un peu à propos de dignité de la Patrie : comment serait vécu par le milieu littéraire français l’édition des horoscopes de quotidiens ou des nouvelles people, sous couverture de la Pléiade et en papier Bible ?

Certes, le discours du Président de la République introduit à l’avènement de quatre figures de la Résistance, avec gravité :

« Aujourd’hui la France a rendez-vous avec le meilleur d’elle-même. Ils étaient quatre : deux femmes, deux hommes. Ils sont quatre à entrer aujourd’hui dans le monument de notre mémoire nationale. (…) (Panthéonisation) qui veut que des personnalités remarquables soient données en exemple à la France toute entière pour inspirer les générations nouvelles (…). (cf. lien du précédent billet)

En haut : la rue Soufflot dans les préparations…  En bas : affiche de L. Quivogne (hors la lettre). Chacun de ces beaux visages est porté par la logique géométrique du rayonnement de l’hexagone. Et, ils y paraissent unis : 4 en 1, ‘tous pour une’ !  Il y va d’une dynamique résistante forte : noblesse du regard et visages de la dignité humaine… ‘Peut-on être libre quant on n’a plus sa dignité ?’ Et, François Hollande d’énoncer : « Quatre personnalités admirables, sans avoir voulu être admirés ; célébrés sans avoir imaginé être célèbres ;  reconnus, sans avoir cherché à être connus ! »

Portraits dessinés par Ernest Pignon-Ernest ; une mise en place artistique qui, en l’occurrence, paraît effectivement à l’échelle de cette canonisation laïque au Panthéon : des têtes monumentales, ‘couleur de cendres’ (fusain agrandi numériquement !), des quatre résistants célébrés : Jean ZAY, Geneviève DE GAULLE-ANTHONIOZ, Pierre BROSSOLETTE, Germaine TILLION.  « L’histoire, les souvenirs enfouis, la charge symbolique… Dans ce lieu réel saisi ainsi dans sa complexité (…). Cette insertion vise à la fois à faire du lieu un espace plastique et à en travailler la mémoire, en révéler, perturber, exacerber la symbolique…» (cf. site de E. Pignon-Ernest). A mon sens, un travail authentique de ‘street-art’, plus palpable qu’un concept photographique favorisé par la ‘business communication’ et la mondialisation actuelle. 

En haut : d’une part le culte provocateur de l’individuation surdimensionné d’aujourd’hui, des têtes de modèles dits ‘expressifs’ : « Je n’ai fait aucune de ces photos. Les gens ont participé à cette œuvre symbolique, qui amène à la réflexion... On a tous le potentiel, mais qu’est-ce qui fait un grand Homme aujourd’hui ?»  s’interroge JR.  En bas : il est intéressant d’observer que les figures sculptées ici par David d’Angers sont relativement surdimensionnées pour la vision naturelle aux pieds du Panthéon. A l’exception de la haute figure axiale de la République, les têtes du haut relief sont développées, ‘agrandies optiquement’ pour leurs rôles et leurs valeurs en fonction de la monumentalité du lieu de mémoire.

A bien considérer les rapports de grandeur et d’échelle entre la sculpture du fronton et le drapeau présent, les valeurs prédominantes d’un canon sont observables comme suit : la hauteur de la statue de la République équivaut à celle de la hampe du drapeau. Quant à l’élévation du gonfalon tricolore elle est égale à la hauteur de quatre têtes sculptées de héros français.

Par là même, la mise en rapport des milliers d’anonyme qui recouvrent le tambour tient peut-être de l’innocence ou l’étrangeté provocatrice.  Car que dire de ce mal installé, presque déjà vieux aujourd’hui (bien que contemporain), donc d’un supposé : « faire entrer tout le peuple dans les lieux de mémoire » ? – Tous aux Panthéon !?  Sinon… que d’évidence, et en comparaison à l’art accompli et savant de l’harmonie (des proportions), trop d’effets tue l’effet ;  faisant donc paraître pour la circonstance, le drapeau : bleu, blanc, rouge, sans valeur bien définie, et tout petit !

Dans le rapport à cette architecture imposante, quiconque pénètre dans le Panthéon se sent minuscule. Même pour un héros de la République, il faut le cérémoniel du grand jour pour magnifier le passage de son corps de mort à la panthéonisation. Notons ici que lors des répétitions, les cercueils portés par les gardes républicains n’ont pas encore l’ampleur du ‘sacré laïc’ du destin.

Vue du Panthéon le 26 mai 2015. Ici apparaît qu’à distance demeure la question d’un plan d’ensemble de la cérémonie vu par le peuple présent, par exemple, rue Soufflot… – vision hors de la zone des invités privilégiés et des prises de vue officielles ! En complément, reste peut-être à communiquer sur les couleurs et drapeaux, par trop virtuels en ce jour, pour rapprocher l’ensemble de nos concitoyens de leur culture esthétique significative ?

3)  Après la panthéonisation regard sur un aspect esthétique possible

à suivre

(En attente de l’autorisation d'utilisation de l’Elysée, la suite de cet article abondement illustré adviendra dès que possible.)

Résistance, j’écris ton nom

‘Rue Pierre Brossolette’, j’aimais écrire ce nom sur les courriers adressés à Jean Bazaine à Clamart.

Pierre Brossolette, Geneviève De Gaulle-Anthonioz, Germaine Tillion, Jean Zay, la Nation écrit votre nom au Panthéon, car chacun de vous a porté l’esprit de résistance et de conscience humaine en toute dignité.

Vous avez su contrecarrer la peur et la haine et vous dresser telles les couleurs fondamentales sur un ciel métallique.  Merci !

– A l’heure des portiques, des gilets pare-balles et du sécuritaire dans les villes, génération après génération, veillons à ériger la Liberté et la Fraternité dans l’esprit du dimanche 11 janvier.

AUX GRANDS HOMMES LA PATRIE RECONNAISSANTE.  – Que n’a-t-on pensé à restituer, au Panthéon, les colonnes en harpe de son tambour architectural… et le rapport d’échelle au monumental par un vaste drapeau tricolore, par exemple, accordé à la grue de cette restauration nécessaire !?

Calendrier végétal

La Nature tient, en ville, du décor éloigné… Pourtant, l’évocation rituelle d’une attention au végétal nous retient, tel un calendrier.

Nature/Culture ?  Certaines Cultures, dont la persane, font commencer l’année le jour du printemps avec l’éclosion florale des arbres fruitiers et selon le calendrier solaire, au moment de l’équinoxe (moment d’égalité entre jour et nuit). Avant le calendrier grégorien unifiant les fêtes en nos climats, certaines régions françaises fêtaient le nouvel an, le 25 mars, jour de l’Annonciation  – période de l’éveil des insectes pollinisateurs !  D’autres Cultures le fêtait le jour de Pâques qui est fixé à partir du calendrier lunaire, soit  le dimanche après la première pleine lune suivant l’équinoxe de printemps (entre le 22 mars et le 28 avril).

Moments forts des successions printanières :  jaune-vert, jonquilles ;  forsythia et premières feuilles du marronnier (cf. billets du 19 mars et 9 avril 2012) ;  puis violettes et pervenches ;  coloris rose et vert du Sakura et des arbres fruitiers blanc et rose ;  vert-blanc-vert pour Pâques et  les pâquerettes… ;  teintes vertes et multicolores, fortes de tulipes, glycines et pissenlits ;  pleine verdure sur les boulevards c’est le 1er mai :  Muguet et lilas ;  puis arrive l’iris en apothéose (instant de la fête des mères) avant la bascule dans l’été…

Dans la tradition, les japonais mettent en suspens le temps de leurs activités, et viennent contempler les fleurs du Sakura et des arbres fruitiers dont la floraison éphémère illumine, rassure et donne sens à la vie.

Au moment où le doré-jaune du premier printemps se fane et devient mordoré :  – l’élément floral rituel pour célébrer le printemps par ses clochettes parfumées est le brin de muguet ;  il s’offre naturellement de la terre en peu des jours… il est offert depuis la Renaissance, le 1er mai, avec les doléances et les vœux aux édiles des Cités (en guise de ‘porte-bonheur’ malgré sa dangerosité) !  – Les défilés de la « fête du travail » avec vente ‘libre’ du muguet, n’arrivent qu’après 1890, pour bien asseoir l’institution de la journée de travail à huit heures, soit 48 heures hebdomadaires (le dimanche seul étant chômé) !

Surveillons aussi nos buis !

La pyrale du buis 2015 va entrer en action. En ces moments printaniers,  l’implantation de cette chenille dévastatrice représente un risque majeur pour l’histoire des plus beaux jardins de France. Divers traitements ont été effectués en 2014. Néanmoins quelques larves de 0,5 à 1,5cm ont pu hiverner dans des ‘cellules’ de feuilles et de fils de soie ;  elles vont passer à l’attaque…

Pour ma part, j’observe depuis juin 2013, alerte, puis souligne (par une suite de billets et une installation au Jardin des Tuileries) les possibilités d’action de chacun d’entre nous ;  il a fallu aussi insister sur l’enjeu patrimonial et culturel !

Chaque plant de buis mieux observé et suivi d’actes de prévention responsable représente une lutte positive, bien à portée de main… (cf. billets du 27 sept 2013du 13 mai 2014 pour quelques conseils de gestes naturels aux particuliers). Cette attention portée aux buis, auparavant considérés faciles d’entretien, consistera en admirant leur beauté horticole, à percevoir leur fragilité d’êtres vivants agressés.

Il s’agit d’éviter l’expansion, l’implantation de l’insecte, et l’épuisement de plants de buis indispensables à l’art des jardins.

Panneau photographié le 5 décembre 2014 au Jardin botanique de Lyon (cliché G.C.)

Faisant suite à mes courriers adressés à Anne Hidalgo, Maire de Paris, et à la Direction des Espaces Verts et de l’Environnement, j’ai reçu en date du 18 décembre 2014 cette belle réponse circonstanciée :

« Monsieur,

« Vous avez bien voulu appeler l’attention de la Direction des Espaces Verts et de l’Environnement sur le développement de la pyrale du buis dont les effets sur le patrimoine végétal parisien sont désormais avérés.

« Vous observez que de nombreux parterres en buis sont aménagés dans des espaces privés et que les particuliers ne disposent pas d’une information technique suffisamment précise pour les sensibiliser aux méfaits de ce papillon originaire d’Asie (Chine, Japon, Corée) qui dépose ses œufs sur la face antérieure des feuilles. Celles-ci sont alors fréquemment dévorées par les chenilles, sitôt formées, avec pour conséquence dans les cas les plus sévères, la mort de la plante.

« A la faveur de conditions météorologiques très favorables, il est en effet possible de constater le développement de deux à trois générations de pyrale du buis par an, entre les mois de mars et de septembre, ce qui complique d’autant plus la gestion de ce ravageur contre lequel aucune réglementation n’existe pour l’heure.

« Pour limiter sa progression, la Direction des Espaces Verts et de l’Environnement met néanmoins en œuvre pour ses propres espaces verts plusieurs moyens, qui sont fonction du degré d’atteinte des végétaux et de l’importance des buis.

« Ainsi, précède-t-elle soit à la taille des parties infestées dans le jardin, à la suppression des plantes les plus touchées et à leur remplacement par d’autres arbustes, soit à des traitements phytosanitaires, comme le Bacillus Thurengiensis. Dans ce cas, des conditions strictes d’utilisation sont nécessaires pour préserver l’efficacité du traitement : stade précis de développement des chenilles, météo favorable (absence de pluie dans les trois jours consécutifs à l’intervention) ainsi qu’une fermeture du site au public entre 6 à 48 heures selon le type de produit utilisé et conformément à la législation en vigueur.

« Ce protocole utilisé par les professionnels ainsi que d’autres précautions pour limiter les risques de contamination des buis comme l’évacuation des déchets végétaux en filière d’incinération nécessitent d’être mieux connu du grand public.

« A la suite de votre suggestion et dans le cadre d’une lutte à plus longue échéance contre la Pyrale, je tiens donc à vous informer qu’une information est désormais disponible sur Paris.fr à l’adresse ci-dessous.

« Cet article sera également relayé sur le compte Facebook et Twitter de la DEVE. Enfin, la direction de l’information et de la communication (DICOM) doit prochainement reprendre cette information dans ses pages actualité « Paris au vert ».

« Je souhaite que ces éléments puissent répondre à votre légitime préoccupation et vous prie d’agréer, Monsieur, l’expression de ma considération distinguée.

Le Directeur Adjoint des Espaces Verts et de l’Environnement,  Bruno GIBERT »